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Blog-notes
Au jour le jour (avec quelques pauses), ce qui me passe par la tête, ce que je lis, je vis ... On peut m'écrire à cette adresse : michel.chaillou@noos.fr
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mercredi 25 août
Vacances
A Noirmoutier, avec la lecture du ciel et du paysage, avant la reprise du blog qui ne saurait tarder ...
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jeudi 5 août
Auto-stop avec Jean Giono
Durant quelques jours passés en famille à Saint-Malo devant la franchise de la mer, redécouverte d'un livre génial de Jean Giono, Les Grands Chemins, ou comment raconter une histoire sans la dire. Un homme sur une route perdue fait de l'auto-stop et ses mots aussi. On lit, on attend avec lui le camion chargé d'acide qui va bientôt le prendre, le camion du sens de ce qui va suivre. On ne sait rien du personnage, peut-être que le prochain virage nous apprendra qui il est. L'homme fait copain-copain avec la nature, avec le mystère. On espère qu'à la phrase suivante on comprendra mieux : il doit bien y avoir des clairières dans la forêt obscure de son être mais on pressent qu'il a depuis longtemps quitté la lisière de toute chose, qu'il chemine dans les ténèbres. Il bourre ses mots comme il bourre sa pipe pour faire un peu de clarté, pour que quelque chose au moins en lui rougeoie . Le ton est familier. Un jour de plus à vivre s'achète comme le journal à l'épicerie de la réalité. Il y a les gros titres et puis les tout petits. Il va être bientôt dix heures mais l'heure retarde et le retard, le héros de ce récit le porte sur soi comme un costume déjà usé par d'autres. "C'est loin ?" demande-t-il. Non, c'est proche. Proche et loin, proche loin. Tout s'accepte, tout se refuse. Ombrageuse aventure, mais lisez plutôt, en voici le début : C'est le matin de bonne heure. Je suis au bord de la route et j'attends la camionnette qui ramasse le lait. Quand je la vois arriver je me dresse et je fais signe mais le type ne me regarde même pas et me laisse tomber. Je bourre ma pipe. L'automne me traite vraiment en bon copain depuis des semaines. Les vergers sont rouges de pommes. Au bout d'un moment j'entends un autre bruit de moteur : c'est une grosse citerne avec remorque. Celui-là me prend. Le type est seul. Il pousse son bleu dans un coin et il veut une cigarette. Je la lui roule. Je lui demande s'il faut que je la mouille et il me dit : "Mouille-la." Il ne s'occupe pas d'où je viens, c'est bon signe, mais où je vais. Je lui réponds que je ne suis pas bien fixé. "Boulot ? dit-il. - Oui et non. " Nous roulons un peu sans rien dire. Ca me plaît. Nous nous tenons alors sur le seuil énigmatique de la chimère. Encore un pas et tout va s'ouvrir.
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dimanche 11 juillet
Pan de Knut Hamsun (1859-1952)
Un étrange récit. Un homme respire en norvégien en lisière de forêt, flanqué d'un chien qui promène partout son ennui d'être seulement chien. Une hutte les abrite, enfin une hutte, disons plutôt une sorte d'excroissance végétale qui porte ce nom, une poussée abusive des halliers qui étend son couvert jusque sur le coeur du héros, le ténébreux lieutenant Thomas Glahn. Que se passe-t-il exactement ? Les histoires ne sont lisibles qu'en lisière, or cette aventure s'imprègne tellement de la touffeur des bois, de leurs profondeurs, du passage furtif des animaux sauvages que tout être qui en sort en sort-il vraiment ? Ne porte-t-il pas partout l'agitation sourde des branches et leur silence bruissant ? Ne subsiste-t-il pas dans son sang l'écoulement têtu de la résine ? Une brusquerie s'installe, traduite éloquemment par Georges Sautreau. Un roman qui a oublié le soleil, ses certitudes et significations. (Le livre de poche, 5 euros) En voici les premières lignes : Durant ces derniers jours j'ai pensé et repensé au jour perpétuel de l'été du Nordland ... Je suis en train d'y penser, ainsi qu'à une hutte où je demeurais et à la forêt derrière la hutte, et je me mets à écrire quelques notes pour abréger le temps et pour mon amusement. Le temps est très long, je n'arrive pas à le faire passer aussi vite que je le voudrais, bien que je n'aie rien qui me chagrine et que je mène fort joyeuse vie. Je suis satisfait de tout et mes trente ans ne sont pas un äge ... Cette comptabilité de l'ineffable qui va se développer sur 148 pages. Hansun souffrit semble-t-il de troubles psychiatriques, ce qui explique peut-être, j'ose l'espérer, sa sympathie pour le nazisme. Lire à ce propos la "chronologie biographique" établie en fin de volume par le grand spécialiste des littératures scandinaves qu'est Régis Boyer, le talentueux traducteur des sagas.
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samedi 19 juin
Quelques images foréziennes
De retour du pays de l'Astrée et du Sentiment géographique, voici quelques images de mon séjour. Le texte du Sentiment était lu par les comédiens du théâtre du Jay, devant des lycéens d'abord, puis le soir devant le public du centre culturel de Goutelas. Puis le lendemain (5 juin), ce fut l'enregistrement public, à La Bastie d'Urfé, de l'émission "A plus d'un titre" (on peut la télécharger). Retrouvailles avec cette belle demeure.
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18 juin
Pierre Loti, le roman d'un enfant
C'est un roman de la pénombre, le livre d'une enfance à demi éclairée dans une austère maison aux persiennes souvent closes, avec juste assez de lumière, de sens dans les mots disposés à l'aveugle pour avancer à tâtons dans l'inexprimable de vieilles heures rangées depuis des lustres au fond des armoires. Comment les épousseter, les réveiller, leur faire rendre gorge pour qu'elles nous restituent leurs instants d'autrefois, partagés entre cour et jardin et le signal écumeux dans le lointain d'un océan toujours prêt à mordre. Un chef-d'oeuvre ! Mais lisez plutôt cette première découverte de la mer par un petit garçon haut comme trois pommes cueillies au pommier : Je voudrais essayer de dire maintenant l'impression que la mer m'a causée, lors de notre première entrevue, - qui fut un bref et lugubre tête-à- tête. [...] J'étais arrivé le soir, avec mes parents, dans un village de la côte saintongeaise, dans une maison de pêcheur louée pour la saison des bains. Je savais que nous étions venus là pour une chose qui s'appelait la mer, mais je ne l'avais pas encore vue (une ligne de dunes me la cachait, à cause de ma très petite taille) et j'étais dans une extrême impatience de la connaître. Après le dîner donc, à la tombée de la nuit, je m'échappais seul dehors. L'air vif, âpre, sentait je ne sais quoi d'inconnu, et un bruit singulier, à la fois faible et immense, se faisait derrière les petites montagnes de sable auxquelles un sentier conduisait. Tout m'effrayait, ce bout de sentier inconnu, ce crépuscule tombant d'un ciel couvert, et aussi la solitude de ce coin de village [...] Puis, tout à coup, je m'arrêtais glacé, frissonnant de peur. Devant moi quelque chose apparaissait, quelque chose de sombre et de bruissant qui avait surgi de tous les côtés en même temps et qui semblait ne pas finir; une étendue en mouvement qui me donnait le vertige mortel.... Evidemment c'était ça. etc.etc. On sait que Pierre Loti deviendra officier de marine.
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