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Mémoires de Melle

roman, Seuil 1993, « Points »n°P134

Un roman d'apprentissage. Samuel Canoby, le héros de La Croyance des Voleurs, raconte son adolescence mouvementée à Casablanca dans les années 1950.

Prix Hugues Rebell 1994

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4e de couverture

   A Casablanca, entre 1952 et 1957, une belle jeune femme environnée d'amants, et son fils de quatorze ans et plus, un peu âne, s'efforcent de s'en sortir. Beaucoup plus tard, Samuel Canoby, devenu maître d'internat dans une bourgade des Deux-Sèvres, à Melle, se rémémore ses difficiles années d'apprentissage à Casa. Est-ce le baccaulauréat de la misère qu'il y prépare à son insu ?
   Un pays retrouve son indépendance, notre héros affirme la sienne de femme en femme, dans un quartier où l'amour même semble se prostituer, l'amour incognito sous le masque d'un éternel beau temps.
   Sur cette côte houleuse du Maroc, la jetée qui protège le port s'aventure fort loin dans l'Océan...

Extraits

Avant-propos

   Des mémoires en vrac, pêle-mêle, à ramasser avec une pelle. La terre s'y attache, macule les noms. Un mémoire de la poussière, une relation grain à grain de ce qui s'entasse, se pulvérise, impalpable furie. Un coup de balai donné au temps. Un nuage en sort qu'il faut transcrire. Une prédilection pour ce qui transporte, aère. Une peur de ce qui entrave, boue, sable. Le grimoire du bruit des portes, de ce qui tourne, rouille et grince. Dans l'ombre, une histoire s'y agace, s'énerve sous un soleil qui depuis tant d'années a pris du ventre. Pourtant, dans la nuit toujours indienne, marocaine, la lune visage pâle. Un jeune homme grandit. Il attrape juste quatorse ans à la sortie d'un port, dix-neuf, vingt sur une route qui décampe. Il court. Sans doute n'a-t-il fait que courir avec ce grand manteau d'impatience qui le couvre. Pourquoi ? Pour qui ? Je le vois ouvrant des livres. Je distingue mal le titre sur la page qui fait tache. Il aime, son coeur saute, une jeune fille agrémente des arbres sur une place. "Samuel, elle dit, Samuel Canoby".

(deuxième page)

   Casa, Casablanca, Maroc. Plusieurs semaines qu'on y bouge, circule dans l'incohérence, mangeant peu, buvant tout ce que la soif nous vide dans la bouche. A notre arrivée, on couche parmi nos valises dans un réduit sur cour au faîte d'un escalier mal vissé qui tord la cheville de Charlotte. Puis une petite annonce de La Vigie, grand quotidien d'information, nous transporte rue Galllieni, près du cinéma Rialto où chante dans les films l'Egyptien ébloui Abdul el-Wahab. J'apprends l'arabe, la bes, ça va ?

 

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