Michel Chaillou par lui-même en 1988

Sollicité par Jérôme Garcin, Michel Chaillou rédigeait en 1988,  avec 250 écrivains français contemporains, sa propre notice de dictionnaire. La voici :

 

CHAILLOU, Michel (1930-…)

Michel Chaillou né à Nantes, enfance difficile, parents très jeunes qui se séparent, va à l’école de façon épisodique. A quatorze ans aide-comptable dans une épicerie en gros. A seize ans, vague lycéen, seconde sa mère dans la gestion d’un restaurant, « A la Mère Michèle » à Casablanca. A vingt ans, tente de passer son bac, s’y reprend à trois fois. A vingt et un ou vingt-deux ans, maître d’internat, surveillant d’externat dans les  collèges bocagers de l’Académie de Poitiers, à Pons, Thouars, etc. Plaisir des études à la campagne, cahiers, livres, prairies, petite suite des saisons. Obtient le titre de licencié de philosophie. Éprouve un grand amour pour Malebranche, Berkeley, Hume. Lit, passe ses jours à lire, écrit peu mais se sent paradoxalement écrivain. A vingt-sept ans, service militaire en Algérie, années délicates. A trente ans, professeur de lettres au lycée de Niort, à Montmorillon. Son meilleur souvenir pédagogique, enseigner le latin à de jeunes élèves à Saint-Savin, derrière la mairie. Croit déjà au latin des choses, aux paroles étouffées des seuils, des étages qui trébuchent. Monte à Paris suivre un stage audiovisuel à l’Ecole Normale de Saint-Cloud, y fait la connaissance de Roland Barthes, s’essaie sous sa direction à une thèse, « Le visage au cinéma », a déjà écrit La Métaphore dans le langage cinématographiquetraîne après lui des bouts de mots, des morceaux de textes. S’intéresse, discute avec lui-même, sa phrase alors se perd en chemin, n’aime déjà pas les livres ingénieux, les tours de force du lieu commun, adore La Fille du Capitainela mémoire sans souvenir, ce qui hésite, balbutie, les mots qui arrachent on ne sait quoi, qui ? Le raboteux, les copeaux du réel, mais un réel transportable. Pratique le recul en avant, s’efforce d’apercevoir hier comme un demain, aime le tard, la lampe tard allumée du tard, arrive pourtant toujours en avance à ses rendez-vous. Ecrit pour prendre possession de son esprit, n’y parvient pas, ses ouvrages ne sont que des efforts, des coups de bélier, aime ce qui fracture, dérobe la pensée, l’inattendu, le rapt, s’introduire à la nuit dans la langue, bousculer les genres littéraires trop fixés, Sterne est son Dieu, l’Angleterre qu’on atteint en faisant la manche, une sauvagerie civilisée, des notions entourées d’écume. Vagabonde, désire longtemps écrire sur l’air, les bas-côtés herbus de la route que le lacet du soulier délace.

A produit Jonathamourun roman d’aventures pas commencées, Collège Vasermandu théâtre pas jouable, Le Sentiment géographiqueune pastorale du sommeil, La Petite Vertuune anthologie de textes non littéraires, doublée d’un roman des odeurs de la Régence : 1715-1723, Domestique chez Montaigneroman d’un analphabète, La Vindicte du sourd, un récit dans la mer troublante, Le Rêve de Saxeou comment dire l’amour, son feu, ses égarements dignes d’égard. Achève actuellement un nouveau roman. A écrit aussi plusieurs pièces non publiées, des scénarios non tournés, etc. Ne ne sent pas très proche du XIXe siècle, est marié, un fils, voudrait bien retomber en enfance, mais la vieillesse s’en chargera.

MICHEL CHAILLOU

Extrait de Le DictionnaireLittérature française contemporaine, par Jérôme Garcin, éditions François Bourin, 1988, p.107-109

Un an après, en 1989, devant le roman achevé : La Croyance des voleurs.

Michel Chaillou