Hommages à Michel Chaillou

Nous publions ici, dans l’ordre des interventions, les textes des hommages prononcés par les amis de Michel Chaillou lors de la cérémonie de crémation au Cimetière du Père Lachaise le 16 décembre 2013 .

Jean Védrines

Écrivain et interlocuteur de Michel Chaillou dans l'Ecoute intérieure, 9 entretiens sur la littérature avec Jean Védrines

 

Je voudrais dire quelques mots pour Michel, l’ami Michel. Et puis pour Michèle et David.

Tant pis si je suis un peu hésitant, peut-être que Michel ne m’en voudrait pas trop, lui qui était si sensible, toujours ému, dans son extrême gentillesse, par les gaucheries, les maladresses de ses amis, où il voyait, toujours par affection bien sûr, une manière de parler littéraire.

Nous sommes touchés à vif. Juste après la mort de Montaigne, un de ses amis avait écrit : « Je suis touché à vif. » Michel le rappelle dans Domestique chez Montaigne. À vif, parce qu’on sait que sa parole, ses romans étaient vifs, c’est-à-dire bien plus que vivants. D’une certaine manière, ce vif-là va nous aider parce que Michel, on peut dire qu’il s’est bien occupé de nous, depuis son premier livre, Jonathamour, en 1968. Il nous a préparés, initiés à la parole vive, à la sienne, et à celle de beaucoup d’autres.

On est sûrement nombreux ici à l’avoir d’abord lu avant de le rencontrer. Mais dès qu’on avait ouvert

Bernard Cerquiglini

Recteur de l'Agence universitaire de la Francophonie

 

Pour Michel Chaillou

« Chez nous, nous avions une table, quatre chaises et puis l’éternité ».

Te voilà pour toujours, Michel, dans notre affection.

Il est parti, le géant ébouriffé, qui arpentait à grands pas les chemins et nos cœurs, s’égarant dans son rêve, semant à profusion les images fulgurantes, les trésors de la prose, la bienveillance de son rire.

Il est parti, le géant protecteur et

Michel Deguy

Poète et philosophe, directeur de la revue Po&sie, membre du groupe l'Hexaméron et collègue de Michel Chaillou à l’Université Paris VIII-Saint-Denis (ex Vincennes)
A Michel Chaillou 1930 – 2013

Dans un thrène déjà ancien, mais qui ne me quitte pas puisque nous ne cessons de perdre ceux que nous aimons, je murmurai : il faut encore qu’une vie soit proportionnée à son néant par l’œuvre. Eût-il pu ajouter sa mort à son œuvre, on imagine… (ou plutôt « on » n’imagine pas, car ce fut son génie, à lui, Michel) ce qu’il nous eût donné, nous laisserait à pleurer, à frémir, à rire, oui, à remémorer, à imaginer, à perdre… Pour nous, mortels, quelle estla crainte ? C’est de mourir avant. Avant quoi ? Avant le temps de mourir. Et le mourir vient avant, avant le

Natacha Michel

Ecrivain, membre du groupe qui a réuni en 1990 dans un même livre Michel Chaillou, Michel Deguy, Florence Delay, Natacha Michel, Denis Roche et Jacques Roubaud.
Nous étions six amis,

et dans la descendance de Marguerite de Navarre, nous avions décidé d’écrire un livre découpé en journées, c’est-à-dire un Hexaméron, c’est-à-dire un manifeste. Mais un manifeste par la manifestation : Chacune, chacun écrirait une journée et non tous ensemble une théorie. Une photo des six, sur la couverture, nous réunissant, signifiait l’amitié et une phrase sous le titre, une doctrine minimale : la phrase disait simplement : « il y a prose et prose ». Distinction entre la bonne et la mauvaise et appel à

Patrick Reumaux

Poète et traducteur, ami et collègue à l'IUT de Saint-Denis où Michel Chaillou a enseigné de 1969 à 1986
 La rue du Capitaine Chaillou

C’est un bateau pirate. Les Anglais tirent une bordée. Un boulet emporte la tête de l’un des flibustiers. Qu’à cela ne tienne, il la remet. En Algérie, dans le Djebel, le capitaine Chaillou tirait au canon sur les fellaghas. Sur les fellaghas, tirait au canon le capitaine Chaillou… en pyjama.

A ce moment là, quand je l’ai connu, il n’était plus capitaine, mais avait baroudé à la Télévision scolaire pour écrire à coups de canon des feuilletons pédagogiques – il avait une tignasse extraordinaire, des yeux rieurs, parfois très graves, ou presque d’épagneul car il avait

Colline Faure-Poirée

Directrice littéraire aux éditions Gallimard (collection "Haute enfance "), initiatrice de "Brèves Littérature"

 

Michel, tout ce que tu as pu connaître dans ta vie d’écrivain de la littérature, tu nous l’as transmis à nous tes lecteurs. C’est ainsi que je t’ai rencontré dans l’éblouissement de ton style.

Puis, nous nous sommes retrouvés autour de « Brèves ». Avec tes amis écrivains, main dans la main, avec Michèle ta femme, tu as édifié, volume après volume, cette histoire romanesque unique dans la littérature.

Tu disais dans le Petit guide pédestre de la littérature française au 17 e siècle : « Cette histoire

Jean-Yves Paumier

Chancelier de l'Académie de Bretagne et des pays de la Loire dont Michel Chaillou était membre d'honneur depuis 2005.
À Michel Chaillou, de Nantes

À travers ces mots, c’est toute ta famille nantaise, ta famille littéraire de l’Académie de Bretagne, qui vient te dire, non pas qu’elle t’aimait bien, comme dans une chanson qui s’envole, mais qu’elle t’aime toujours, à chaque instant présent, que rien n’a changé. Ce message que je t’adresse ici, à titre personnel et au nom de l’Académie de Bretagne, n’est pas le dernier. C’est à Nantes, en presqu’île de Quiberon, en Bretagne et en Vendée que tu venais retrouver les lieux et les gens d’une jeunesse étonnamment romanesque, et parfois chaotique à l’image des temps traversés, sur lesquels nous

Jean-Marc Ayrault, premier Ministre

Ancien Maire de Nantes, la ville natale de Michel Chaillou.
(message lu par Jean-Yves Paumier)

C’est avec une grande tristesse que j’ai appris, vendredi dernier, le décès de Michel Chaillou. L’homme avait mon respect et l’écrivain mon admiration. Pendant plus de quarante ans, ses romans comme ses écrits autobiographiques ont animé l’imagination de ses lecteurs, et tout particulièrement à Nantes, sa ville natale, à laquelle le rattachaient tant de souvenirs et de liens amicaux. Car Michel Chaillou n’était pas seulement un écrivain. De sa carrière si brillante de professeur puis d’universitaire, il avait gardé le sens de la transmission aux autres, notamment aux plus jeunes. Créer et transmettre étaient

Dans le blog de Serge Ritman

Un autre hommage daté du vendredi 16 décembre 2013

Il convient d’ajouter à ces hommages celui rendu sur son blog par Serge Martin Ritman, poète (Ta résonance, ma retenue) et universitaire, auteur d’un ouvrage sur Les Cahiers du Chemin. Il s’intitule

Michel Chaillou ou l’aventure de l’écoute intérieure du poème de la lecture

Le lire en ligne

Michel Chaillou