Le ciel touche à peine terre

Deux frères depuis la Frise traversent les Pays-Bas pour gagner Paris. Nous sommes au XVIIe siècle, ils chevauchent dans la brume le long du Zuiderzee, le mystère rôde partout, devant, derrière, sur les côtés. S'en sortiront-ils ?

Seuil, 1997

La Croix (Nathalie Crom)

Le voyage initiatique de Michel Chaillou

L’écriture superbe de Michel Chaillou joue elle-même de cette dilution des choses. La phrase souple n’hésite pas à s’égarer, méandrer, se défaire en plusieurs bras comme le cours du fleuve. L’écrivain signe là un insaisissable roman, ne cessant de tracer des lignes de fuite, au long desquelles se ruine la logique, tissant des correspondances secrètes, suggérant des résonances et des interpénétrations entre passé et présent, légende et réalité, lointain et ici-bas. Le récit s’entremêle par instants de litanies envoûtantes de noms de lieux et des patronymes : l’érudition pointilleuse engendre alors une authentique poétique de l’énumération, un exotisme singulier, porte grande ouverte sur cet ailleurs du temps, de l’espace, de la raison, auquel ce beau livre est une invitation. (14-15 septembre 1997)

La Quinzaine littéraire (Nicole Casanova)

Les errances rêvées de Michel Chaillou

Ce n’est pas la première fois que cet écrivain quelque peu gitan, visionnaire au langage précis, nous entraîne sur des chemins qui longent l’irréel. On se souvient encore du Sentiment géographique, rêverie linguistique au bord du Lignon. Architecte des songes, et d’autant plus rigoureux : il nous apparaît ainsi, au fil d’une bonne quinzaine de volumes. (1er au 15 septembre 1997)

Le Républicain lorrain (Claude Fleury)

Michel Chaillou entre ciel et terre

Nous ne saurons jamais si les frères Mercerer ont rejoint la France, l’année de la mort de Descartes. Peut-être les retrouverait-on dans des registres généalogiques que l’auteur a consultés pour le compte de plusieurs familles protestantes des Deux-Sèvres. Ou mieux dans l’un de ces tableaux où les silhouettes humaines paraissent insignifiantes dans l’immensité confondue de la terre et du ciel. (7 septembre 1997)

Le Point (Claude Arnaud )

En 1660, dans le nord de ce pays inondé qui s’appellera un jour la Hollande. Deux jeunes frères, Johan et Dietrich Mercer, partent parfaire leur éducation à Paris. C’est Johan qui raconte ce périple poétique à travers les polders, que chapeaute l’homme de confiance de leur père. Moins picaresque que contemplatif, il aime le parlé « mouillé » de son pays, et la langue batave, si rude à entendre, devient sous sa plume aussi douce et marinée qu’un hareng. Une vie antérieure aurait-elle plongé Michel Chaillou dans les provinces frisonnes, au tournant du Grand Siècle ? On ne voit d’autres motifs à sa familiarité sensible avec ces terres, qu’il peint avec le réalisme et le tremblé des peintres de Leyde, sinon le « Petit guide pédestre de la littérature française au XVIIe siècle » qu’il rédigea (Seuil, 1990). Un roman idéal pour chevaucher vers Wijk-bij-Duurstede, sans devoir affronter ni brumes ni bandits, à l’époque des stathouders. (27 septembre 1997)

Politis (Denis Wetterwald)

Grâce à une langue poétique, riche de vrais bonheurs d’écriture (même s’il faut quelques pages pour en apprivoiser les méandres), Michel Chaillou réussit là un livre aussi envoûtant que les terres qu’il évoque, où quelques filets de brume font que le ciel, jamais, ne touche vraiment la terre. (25 septembre 1997)

Libération (Jean-Didier Wagneur)

Chaillou, le Hollandais flottant

Dominé par les moulins à vent des récits picaresques, ce roman baroque inspiré par Théophile de Viau est surtout une belle construction narrative et poétique, à l’image de ce menuisier de Haarlem « qui perdit son emploi à considérer de trop près les nervures du bois. Il en oubliait de scier, de débiter des planches. Sur la moindre éclisse, il apercevait des églises, des clochers avec des cloches qu’il entendait presque sonner. Il touchait du doigt un ciel, des paysages encombrés de points noirs, les habitants à pied, à cheval, sur des barques. » (18 septembre 1997)

L’Humanité (Jean-Claude Lebrun)

Les hautes eaux du baroque

Ce roman ne serait-il pas d’une certaine façon également celui de l’écriture en train de se faire, avec ses personnages tour à tour palpables et fuyants, et son absence d’horizon, semblable à un dénouement encore indécis ? Ici tout reste ouvert, tant Michel Chaillou s »ingénie, à l’instar de quelque peintre hollandais, à épaissir sa matière et à faire glisser le regard de la tangibilité vers des territoires plus incertains. […] Ensuite il appartient aux « nageurs qui prennent le risque du grand large » de se porter au bout de tous les possibles. (26 septembre 1997)

Le Monde (Monique Pétillon)

Inquiète odyssée

Récit initiatique ou roman noir, l’odyssée inquiète des frères Mercerer reste, à cause d’une part manquante, énigmatique. L’auteur d’une postace fictive au manuscrit inachevé de Johan propose diverses interprétations de cette aventure qu' »un réel frisson d’archaïsme parcourt » : commentaire du Déluge de la Bible ou « roman vrai » de deux jeunes gens à peine sortis de l’enfance ? C’est à coup sûr un très beau livre, « enchevêtré » et fluide, mystérieux et insaisissable, hanté par les « mânes vagabonds » du poète Théophile. (17 octobre 1997)

Art press (Philippe Di Meo)

Le mouvement de phrase expressif de Michel Chaillou mêle « oniricité » et densité. Chaque période semble en rebond sur la précédente, tant la tension narrative est nouée dans un mouvement obsessionnel qui n’est pas sans faire allusion à l’oeuvre de Gertrude Stein. Michel Chaillou s’abandonne au plaisir de raconter. (octobre 1997)

L’Humanité dimanche (François Salvaing)

Voyage de la Frise aux frissons

Ici un surcroît de grâce donne au lecteur le temps de respirer entre les fusées que tire au ciel ce constant artificier. […] Une écriture où se prend, de page en page, et d’image en image, quelque chose de la lumière des Vermeer. Ecriture, voilà le mot écrit. Entre une bataille, tenez, comme celle de Rambaud dont nous parlions l’autre semaine et un voyage comme celui de Chaillou, la différence n’est pas dans l’aventure, mais dans l’écriture. Quand l’un ne va qu’à la ligne, l’autre c’est à la pêche. Et cette différence fait, pardon du sermon, toute la littérature. (13 novembre 1997)

L’Express (André Clavel)

Le vagabond céleste

De polders en tourbières, entre les forêts englouties du Zuiderzee et le clocher en pin de sucre de Scheveningen, c’est toute la saveur des lointains que réinvente l’auteur de Jonathamour. Lequel navigue à travers le Grand Siècle avec une érudition gourmande, dans un récit qui est tour à tour un traité du routard, une fable sur l’errance, un élogue du « sentiment géographpique », une quête œdipienne du paradis perdu, « quand ciel et terre, pétris dans la même motte, se foulent jusqu’aux étoiles ». Et, comme nous sommes au pays de la bière, la prose sait se faire mousser. (20 novembre 1997) Lire l’article

Jean Védrines

Sur les pas des prédestinés

Ce livre, rédigé en neuf mois, mais mûri, rêvé toute une vie, ne laisse pas seulement entendre une langue joyeuse, populaire et aristocratique : il nous fait deviner la lueur menacée de la grâce. (20 décembre 1997)

Le Nouveau Recueil (Catherine Le Pan de Ligny)

Avec jubilation, Michel Chaillou mélange les genres, enchevêtre les fils et jungle avec les siècles. Langue superbe, jeux de mots, jeux d’esprit … Il se plaît à nous enivrer pour mieux nous prendre dans ses filets, nous engloutir dans ses sables mouvants. Dense, foisonnant, profondément original, Le ciel touche à peine terre est un de ses meilleurs romans car il y a là, en contrechant de cet extravagant « voyage à reculons », une très belle réflexion sur la langue et sur l’écriture. (n° 46, mars-mai 1998)

Le mensuel littéraire et poétique (Richard Blin)

L’invitation au voyage selon Michel Chaillou

Michel Chaillou est un de ces aventurier de la langue, de ceux qui aiment à s’enfoncer dans ses profondeurs à la recherche de leurs propres Indes, de ce pays de mots qui est le seul endroit où ils peuvent vraiment vivre. Le lire, c’est s’embarquer pour d’étranges navigations faisant littéralement passer dans un autre monde relevant autant du sentiment géographique, c’est-à-dire de l’évidence selon laquelle toute rêverie apporte avec elle sa terre, que de la face cachée de l’aventure, de tous ces marchandages avec les ombres et de tout ce qui s’échange d’impalpable et d’inquiétant sous le commerce des mots. […] Métissage de stupeur et d’émerveillement, d’obsession et d’indécision, de porosité et de fluence, d’eau salée et d’eau douce, la voix de Michel Chaillou est unique et sa tentative sans équivalent. Le ciel touche à peine terre nous en offre un nouveau témoignage, voyage ne menant nulle part mais berçant notre finitude sur l’infini de ses errances tout en tirant de cet égarement une incontestable et contagieuse volupté. (n° 255)

 

Michel Chaillou