Mémoires de Melle

Un roman d'apprentissage. Samuel Canoby, le héros de La Croyance des Voleurs, raconte son adolescence mouvementée à Casablanca dans les années 1950.

Prix Hugues Rebell 1994

Seuil 1993

Le Nouvel Observateur (Jean-Louis Ezine)

Mémoires de Melle ou une éblouissante initiation aux intrigues de Casablanca

Depuis Le Sentiment géographique jusqu’au Rêve de Saxe, en passant par Domestique chez Montaigne et La Vindicte du sourd, ce lettré hors normes s’est taillé la réputation singulière, et d’ailleurs peu disputée, de romancier du bancal, du guingois, du gourd, de l’ensommeillé, du pastoral hirsute, des maçonneries disjointes de l’âme, bref de la sainte fatigue des choses. Il ne s’agit nullement de réduire la portée de ce projet littéraire en apparence saugrenu : au moyen d’une langue burlesque, voluptueuse et toujours inventive, miraculeusement accordée à son objet comme l’horloge au temps qui bat, Michel Chaillou est devenu un extraordinaire mémorialiste des immobilités rurales. (13 octobre 1993)

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Le Figaro (André Brincourt)

Il s’agit des mémoires d’un âne, bête de somme et de songes. Un enchantement.

J’ai rarement lu un livre aussi modeste dans ses intentions et aussi riche dans les faits. Ni début, ni fin – c’est un tout. Non un récit qui se déroule, mais un tableau éclaté, un nuage de sable, de lumières. Les Mille et Une Nuits retrouvées en mille et un morceaux dans une mémoire qui, par ruse comme par honnêté, s’avoue en défaut et multiplie la qualité des éclats.(22 octobre 1993)

L’Humanité (Jean-Claude Lebrun)

Les jaillissements d’une langue de feu

C’est bel et bien une autobiographie qui se construit dans le travail d’écriture, au creux de ces volutes de récit et dans ces avancées pleines de hardiesse de la langue. Il y a là, indubitablement, quelque chose de l’ordre de la nécessité, qui explique aussi pourquoi le foisonnant et resplendissant roman de Michel Chaillou peut résonner aussi profond à la lecture. (mercredi 8 septembre 1993). Lire l’article

Magazine littéraire (Aliette Armel)

Mille et une histoires

Ce livre a la saveur authentique du vécu : il suit, comme en direct, le cours de la mémoire, n’ hésitant pas à faire de la redite un art. Il reconstitue le fil du temps de manière non logique, non séquentielle, en sautant d’un fait à l’autre par association d’idées ou simple résonance provoquée par la saveur des mots. […] Ces Mémoires ravissent en tout cas le lecteur de Mille et Une histoires et confèrent au Maroc des années 50 un parfum magique. (octobre 1993)

Page (Françoise Xenakis)

Mémoires de Melle de Michel Chaillou : c’est hirsute, touffu, mais plein d’explosion de soleil, d’amour, de mots qui chaloupent, tangotent et valsent, emmènent Chaillou dans des dérives folles. C’est l’histoire d’un enfant de quatorze ans, presque plus vieux que la maman, perdu au Maroc et qui va de dérives en dérives, matraqué par la misère au gré des amants plus nombreux que les mouettes sur le port. Roman d’une adolescence, roman initiatique, les mille et une nuits d’un enfant gourmand, d’un enfant qui brûle de partout. (septembre-octobre 1993)

Quantara (Abdellatif Laabi)

Le Maroc au coeur

On ne lit pas Michel Chaillou, on le relit, et ce faisant on renoue avec le bonheur de lire. Bonheur rare par la littérature qui court, avide de lecteurs soumis comme autant de téléspectateurs haletant derrière des histoires dont ils font semblant de ne pas connaître la fin. Qui écrit encore de nos jours, ce qui s’appelle écrire ? Rares sont les récits où la langue s’invente et se réinvente dans le déroulement même de l’écriture, où l’écrivain caresse les mots, lisse leurs racines, débride leur imagination, avant de les lâcher dans la cascade fraîche de la phrase, tout près de la source. Michel Chaillou réalise d’autant plus cette rareté que son texte s’écrit non seulement dans la langue déclarée – la française – mais aussi dans une autre, non maîtrisée, souterraine, fortement désirée, à savoir l’arabe populaire marocain.(n°9, octobre 1993)

Humanité Dimanche (François Salvaing)

Mémoires de Melle, construit à la façon d’une médina, avec des retraits, des détours, des escaliers, des portes d’ombre, des patios, de très brèves lignes droites, fait également revivre, sans autre nostalgie chez l’auteur que celle d’avoir été jeune, la Casablanca de la fin des temps coloniaux, bouillonnante de toutes sortes d’appétits et de tensions. Mais au-delà des personnages et de la ville, le livre saisit, et vaut, d’abord par le dévorant amour de Chaillou pour la littérature, entendue ici comme un tourbillon de mots et de métaphores. (n° 187, 14 au 20 octobre 1993)

La Vie (Yves Viollier)

De demi-confidence en demi confidence dans un style coloré, on devient les témoins privilégiés et charmés des cinq années de Maghreb d’un ânon et de sa mère pas très vieille. On assiste à leurs démêlés frénétiques avec la misère et des bataillons d’amants et d’amantes, mais leur passion de vivre est inaltérable. Les Mémoires de Melle ? Un brûlant coup de soleil. (20 au 26 janvier 1994)

Blog, Le Journal d’un lecteur (Pierre Maury)

Cette critique du roman sous forme d’entretien, découverte à l’occasion des hommages à Michel Chaillou, en décembre 2013.

http://journallecteur.blogspot.fr/2013/12/michel-chaillou-nous-laisse-aussi.html

Michel Chaillou