Dossier de presse

La France fugitive

Une randonnée rêveuse à travers la France, en voiture, en train. Une façon de voyager à deux, pour tenter de fixer l'éphémère: paysages, silhouettes, paroles entendues, échos d'on ne sait quoi...Un art de la route et de la phrase.

Prix Cazes 1999

Fayard 1998
La France Fugitive a reçu 15 mars 1999 le  Prix Cazes-Brasserie Lipp.

Le Nouvel-Observateur (Jérôme Garcin

Au fil de la France

On a compris que, rédigé au fil de la plume par un écrivain aussi épuisant qu’inspiré, la France fugitive est un livre magnifique. Il tient à la fois du journal intime, du carnet de bord, de l’inventaire patrimonial, du relevé topographique, de l’anthologie littéraire, du guide gastronomique, de l’album photo, de la rêverie solitaire et du jeu de piste, de mots, de hasard,de rôles, de saute-mouton. L’ouvrage n’existait pas, Michel Chaillou l’a inventé. On croyait connaître la France, voici qu’on la découvre. Elle est très belle, très fugueuse, derrière ce cicerone aux semelles de vent. (16 septembre 1998)

L’Express (André Clavel)

Un Chaillou buissonnier

Pour notre colporteur, l’art de pérégriner est avant tout un exercice de style. C’est aussi une fabuleuse brocante. Un mémorial où l’érudit Chaillou fait revivre sous l’asphalte du présent, les écrivains du passé et les célébrités locales qui ont donné une âme aux lieux qu’il visite.Ajoutant les perles du savoir aux cailloux des chemins, cette France fugitive renoue avec la tradition du voyage romantique : l’aventure, oui, mais avec des chimères et des songes plein la cervelle. (17 septembre 1998)

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Valeurs Actuelles (Bruno de Cessole)

La France est-elle encore un personnage de roman ?

Ce livre baroque, qui s’invente au fil du chemin, dans un style incomparable, jubilatoire,inventif, sinueux et bruissant comme une rivière, ocellé d’images et de métaphores comme un serpent tropical, toujours en rupture d’équilibre et se rétablissant par miracle après une charretée d’incidentes et de relatives, laisse tous les pseudo-chefs-d’oeuvre annoncés de cette rentrée au bord du chemin. (19 septembre 1998)

Le Dauphiné Libéré (Didier Pobel)

Chaillou ou l’assentiment géographique

Le « sentiment géographique », c’est au fond ce qu’illustre à nouveau Michel Chaillou dans La France fugitive, un « récit » qui est, en fait, le journal d’un voyage à l’intérieur même de nos frontières. Plus de six cents pages dans lesquelles défilent des paysages, des villes, des hameaux transformant le narrateur en une sorte de « conscrit des cent villages ». Une sommeillant, comme des trésors, des impressions, des conversations, des digressions. […] Avouons-le carrément : son livre est un délice. On se grise de noms, d’images, d’anecdotes, de fantaisies, de tant d’érudition également. […] Ce gros bouquin qui court les routes. Ce chouette pavé sur le bitume. Il mérite à coup sûr votre assentiment géographique. (28 septembre 1998)

Le Figaro (Philippe Cusin)

Chaillou : vagabondages en douce France

Michel Chaillou va en France comme on se rend à la messe. Avec humilité, grâce, joie intérieure, l’envie de communier et de participer au don de la divinité. Dans cette intimité profonde décrite par les mystiques, laquelle n’exclut pas le bruit et la fureur, les fragrances et les furtivités. « J’eusse aimé tout recopier d’un paysage », explique-t-il dans la France Fugitive. (2 octobre 1998)

Libération (Jean-Didier Wagneur)

Les palais de Chaillou

Dans La France fugitive, Chaillou parcourt l’ouest et le sud. Cherche le lieu où l’on va et que l’on n’atteint jamais, celui par où l’on passe et où l’on s’attarde, le lieu d’où l’on vient et dont on a bien du mal à s’arracher, quant à savoir où est Chaillou ? Il est toujours entre deux voyages, réels ou imaginaires, entre deux pages, entre l’aller et le retour. ( 8 octobre 1998)

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La Quinzaine littéraire (Christian Descamps)

L’art de voyager

En notre époque minimaliste – qui aime tant l’épicurisme de comptoir – Chaillou a le courage de proposer un fort ouvrage à l’appétit rabelaisien. Pendant 630 pages, l’on va allègrement parcourir la France d’hier et d’aujourd’hui, multiplier les rencontres, les souvenirs. Ici l’on pose les pieds dans les pas des voyageurs littéraires d’antan. En modeste équipage – avec sa femme, dans une Twingo – voilà notre érudit qui nous embarque – à son train ; en flânant, en virevoltant dans tous les coins de l’Hexagone. (16 au 31 octobre 1998)

Le Point (Philippe Nourry)

La France dans le rétroviseur

Si vous aimez vous perdre dans le temps quand vous voyagez, alors suivez Michel Chaillou dans sa France Fugitive.  (4 novembre 1998)

La Croix (Bruno Frappat)

Le fouineur de la France d’occasion

Le voyage de Chaillou, parmi plusieurs centaines des 36 000 communes de France, n’est pas une fuite éperdue. C’est une promenade à la fois physique, rétrospective, actuelle, gratuite, amusante et rêveuse. Une tentative d’hommage enfiévré où chaque porte fait événement, chaque hôtel a son passé recomposé, chaque affiche son expertise et où toute place témoigne en ses moindres recoins d’une identité enfouie, mi-moisie, mi-vivante. (15 -16 novembre 1998)

L’Express

Le petit poucet romantique

Chaillou possède l’art du vagabondage giboyeux, celui qui attire, irrésistible, vers on ne sait quoi, et qui récompense au centuple le voyageur gratuit, le promeneur aux semelles de vent qui délace tendrement les lacets des cols ou remet, paisible, sur l’épaule des plaines le plissé des blés que le vent avait dérangé. (24 décembre 1998)

L’Humanité (Jean-Claude Lebrun)

Rêveries d’un promeneur littéraire

[…] Détails de la vie au quotidien, dans la petite rue non loin de la Maison de la radio, et brusques envolées vers de plus vastes espaces. Chronique de la vie d’un écrivain, au milieu des années quatre-vingt-dix, et soudaines vues plongeantes sur les territoires du passé. Avec des pages d’une beauté surprenante qui disent ensemble l’important et l’anodin. (11 décembre 1998)

Réforme (Joêl Schmidt)

La surprise au cœur de villes et de villages, le détour, le retour vers des pays et des paysages qu’on pensait connaître soudain, sous le regard, bien plus intense qu’un film, de Michel Chaillou, de son épouse et de leur Twingo, se métamorphosent, se poétisent, s’expriment autrement. L’auteur en parle d’une façon qui vient de l’ailleurs, de son intime, de son frémissement personnel, de sa sensibilité plus impressionnable qu’une plaque photographique, et sait faire passer le bizarre, même et surtout dans le commun et parfois le banal : il est superbement un écrivain. ( 10-16 décembre 1998)

Le Figaro littéraire (François Kasbi)

Michel Chaillou, les tribulations d’un érudit

Un livre d’humeur, vagabonde on s’en doute, un essai nécessairement très personnel de »réactivation » d’une certaine France, supposée disparue, et dont on s’avise, grâce à l’érudition et au charme très digressif de Chaillou, qu’elle n’est qu’endormie. (15 novembre 2001)

Le Magazine littéraire (Christiane Baroche)

Disons-le tout net, c’est intime… extime aussi, et délicieusement baroque. (1er décembre 2001) 

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Le Magazine littéraire (Serge Sanchez)

Michel Chaillou est doté d’une inaliénable faculté de rêver. Tout lui est bon pour se délester des petites pesanteurs de la vie quotidienne. Il aime flâner, comme l’aimèrent en leur temps les Restif ou les Sterne. La France fugitive , sorte de journal de bord à la fois littéraire, intime, anecdotique (on pourrait ajouter bien d’autres adjectifs, tant ce livre est placé sous le signe du divers), fut rédigé à l’occasion d’une longue déambulation au sein de provinces fort mal explorées jusque-là (n° 372, 1er janvier 2001)

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Le Mensuel littéraire et poétique (Richard Blin)

Quand Michel Chaillou vagabonde …

Tout est férocement exact, écrit comme à deux mains, l’une occupée à cerner l’immédiat, l’autre distillant vibrations et résonances tandis que se cherche le point de vue idéal, celui d’où pourraient s’appréhender globalement les lointains du lointain et la proximité perdue la plus proche. Avec ce livre, Michel Chaillou donne un paysage à sa parole, une voix et une terre à ses rêves les plus fous comme celui de cadastrer l’invisible, de libeller la carte d’identité de l’obscur, ou encore d’écrire un guide des portes battantes, des tressaillements d’un lieu. (Mensuel littéraire et poétique, n°264)

 

Le Temps (André Clavel)

Brocante intellectuelle

Les vacances ne sont pas terminées. Grâce à ce turbulent bouquin, nous allons pouvoir reprendre notre balluchon. Et faire une épatante excursion, un tour de France (en 73 chapitres) qui est également un «voyage autour de ma chambre», à la façon de Xavier de Maistre.

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Une table ronde à la Foire du livre de Brive (animée par Antoine Spire)

« Voyage, vagabondage et déambulation littéraires « 

A lire dans Littératures entre Nord & Sud 2000, revue éditée par la Bibliothèque municipale de Brive.


vidéo

Michel Chaillou : La France fugitive – Vidéo Ina.fr

www.ina.fr/video/CPC98005983

En voiture dans la campagne française, Olivier BARROT parle du livre de Michel CHAILLOU « La France

Le ciel touche à peine terre

Deux frères depuis la Frise traversent les Pays-Bas pour gagner Paris. Nous sommes au XVIIe siècle, ils chevauchent dans la brume le long du Zuiderzee, le mystère rôde partout, devant, derrière, sur les côtés. S'en sortiront-ils ?

Seuil, 1997

La Croix (Nathalie Crom)

Le voyage initiatique de Michel Chaillou

L’écriture superbe de Michel Chaillou joue elle-même de cette dilution des choses. La phrase souple n’hésite pas à s’égarer, méandrer, se défaire en plusieurs bras comme le cours du fleuve. L’écrivain signe là un insaisissable roman, ne cessant de tracer des lignes de fuite, au long desquelles se ruine la logique, tissant des correspondances secrètes, suggérant des résonances et des interpénétrations entre passé et présent, légende et réalité, lointain et ici-bas. Le récit s’entremêle par instants de litanies envoûtantes de noms de lieux et des patronymes : l’érudition pointilleuse engendre alors une authentique poétique de l’énumération, un exotisme singulier, porte grande ouverte sur cet ailleurs du temps, de l’espace, de la raison, auquel ce beau livre est une invitation. (14-15 septembre 1997)

La Quinzaine littéraire (Nicole Casanova)

Les errances rêvées de Michel Chaillou

Ce n’est pas la première fois que cet écrivain quelque peu gitan, visionnaire au langage précis, nous entraîne sur des chemins qui longent l’irréel. On se souvient encore du Sentiment géographique, rêverie linguistique au bord du Lignon. Architecte des songes, et d’autant plus rigoureux : il nous apparaît ainsi, au fil d’une bonne quinzaine de volumes. (1er au 15 septembre 1997)

Le Républicain lorrain (Claude Fleury)

Michel Chaillou entre ciel et terre

Nous ne saurons jamais si les frères Mercerer ont rejoint la France, l’année de la mort de Descartes. Peut-être les retrouverait-on dans des registres généalogiques que l’auteur a consultés pour le compte de plusieurs familles protestantes des Deux-Sèvres. Ou mieux dans l’un de ces tableaux où les silhouettes humaines paraissent insignifiantes dans l’immensité confondue de la terre et du ciel. (7 septembre 1997)

Le Point (Claude Arnaud )

En 1660, dans le nord de ce pays inondé qui s’appellera un jour la Hollande. Deux jeunes frères, Johan et Dietrich Mercer, partent parfaire leur éducation à Paris. C’est Johan qui raconte ce périple poétique à travers les polders, que chapeaute l’homme de confiance de leur père. Moins picaresque que contemplatif, il aime le parlé « mouillé » de son pays, et la langue batave, si rude à entendre, devient sous sa plume aussi douce et marinée qu’un hareng. Une vie antérieure aurait-elle plongé Michel Chaillou dans les provinces frisonnes, au tournant du Grand Siècle ? On ne voit d’autres motifs à sa familiarité sensible avec ces terres, qu’il peint avec le réalisme et le tremblé des peintres de Leyde, sinon le « Petit guide pédestre de la littérature française au XVIIe siècle » qu’il rédigea (Seuil, 1990). Un roman idéal pour chevaucher vers Wijk-bij-Duurstede, sans devoir affronter ni brumes ni bandits, à l’époque des stathouders. (27 septembre 1997)

Politis (Denis Wetterwald)

Grâce à une langue poétique, riche de vrais bonheurs d’écriture (même s’il faut quelques pages pour en apprivoiser les méandres), Michel Chaillou réussit là un livre aussi envoûtant que les terres qu’il évoque, où quelques filets de brume font que le ciel, jamais, ne touche vraiment la terre. (25 septembre 1997)

Libération (Jean-Didier Wagneur)

Chaillou, le Hollandais flottant

Dominé par les moulins à vent des récits picaresques, ce roman baroque inspiré par Théophile de Viau est surtout une belle construction narrative et poétique, à l’image de ce menuisier de Haarlem « qui perdit son emploi à considérer de trop près les nervures du bois. Il en oubliait de scier, de débiter des planches. Sur la moindre éclisse, il apercevait des églises, des clochers avec des cloches qu’il entendait presque sonner. Il touchait du doigt un ciel, des paysages encombrés de points noirs, les habitants à pied, à cheval, sur des barques. » (18 septembre 1997)

L’Humanité (Jean-Claude Lebrun)

Les hautes eaux du baroque

Ce roman ne serait-il pas d’une certaine façon également celui de l’écriture en train de se faire, avec ses personnages tour à tour palpables et fuyants, et son absence d’horizon, semblable à un dénouement encore indécis ? Ici tout reste ouvert, tant Michel Chaillou s »ingénie, à l’instar de quelque peintre hollandais, à épaissir sa matière et à faire glisser le regard de la tangibilité vers des territoires plus incertains. […] Ensuite il appartient aux « nageurs qui prennent le risque du grand large » de se porter au bout de tous les possibles. (26 septembre 1997)

Le Monde (Monique Pétillon)

Inquiète odyssée

Récit initiatique ou roman noir, l’odyssée inquiète des frères Mercerer reste, à cause d’une part manquante, énigmatique. L’auteur d’une postace fictive au manuscrit inachevé de Johan propose diverses interprétations de cette aventure qu' »un réel frisson d’archaïsme parcourt » : commentaire du Déluge de la Bible ou « roman vrai » de deux jeunes gens à peine sortis de l’enfance ? C’est à coup sûr un très beau livre, « enchevêtré » et fluide, mystérieux et insaisissable, hanté par les « mânes vagabonds » du poète Théophile. (17 octobre 1997)

Art press (Philippe Di Meo)

Le mouvement de phrase expressif de Michel Chaillou mêle « oniricité » et densité. Chaque période semble en rebond sur la précédente, tant la tension narrative est nouée dans un mouvement obsessionnel qui n’est pas sans faire allusion à l’oeuvre de Gertrude Stein. Michel Chaillou s’abandonne au plaisir de raconter. (octobre 1997)

L’Humanité dimanche (François Salvaing)

Voyage de la Frise aux frissons

Ici un surcroît de grâce donne au lecteur le temps de respirer entre les fusées que tire au ciel ce constant artificier. […] Une écriture où se prend, de page en page, et d’image en image, quelque chose de la lumière des Vermeer. Ecriture, voilà le mot écrit. Entre une bataille, tenez, comme celle de Rambaud dont nous parlions l’autre semaine et un voyage comme celui de Chaillou, la différence n’est pas dans l’aventure, mais dans l’écriture. Quand l’un ne va qu’à la ligne, l’autre c’est à la pêche. Et cette différence fait, pardon du sermon, toute la littérature. (13 novembre 1997)

L’Express (André Clavel)

Le vagabond céleste

De polders en tourbières, entre les forêts englouties du Zuiderzee et le clocher en pin de sucre de Scheveningen, c’est toute la saveur des lointains que réinvente l’auteur de Jonathamour. Lequel navigue à travers le Grand Siècle avec une érudition gourmande, dans un récit qui est tour à tour un traité du routard, une fable sur l’errance, un élogue du « sentiment géographpique », une quête œdipienne du paradis perdu, « quand ciel et terre, pétris dans la même motte, se foulent jusqu’aux étoiles ». Et, comme nous sommes au pays de la bière, la prose sait se faire mousser. (20 novembre 1997) Lire l’article

Valeurs actuelles (Jean Védrines)

Sur les pas des prédestinés

Ce livre, rédigé en neuf mois, mais mûri, rêvé toute une vie, ne laisse pas seulement entendre une langue joyeuse, populaire et aristocratique : il nous fait deviner la lueur menacée de la grâce. (20 décembre 1997)

Le Nouveau Recueil (Catherine Le Pan de Ligny)

Avec jubilation, Michel Chaillou mélange les genres, enchevêtre les fils et jungle avec les siècles. Langue superbe, jeux de mots, jeux d’esprit … Il se plaît à nous enivrer pour mieux nous prendre dans ses filets, nous engloutir dans ses sables mouvants. Dense, foisonnant, profondément original, Le ciel touche à peine terre est un de ses meilleurs romans car il y a là, en contrechant de cet extravagant « voyage à reculons », une très belle réflexion sur la langue et sur l’écriture. (n° 46, mars-mai 1998)

Le mensuel littéraire et poétique (Richard Blin)

L’invitation au voyage selon Michel Chaillou

Michel Chaillou est un de ces aventurier de la langue, de ceux qui aiment à s’enfoncer dans ses profondeurs à la recherche de leurs propres Indes, de ce pays de mots qui est le seul endroit où ils peuvent vraiment vivre. Le lire, c’est s’embarquer pour d’étranges navigations faisant littéralement passer dans un autre monde relevant autant du sentiment géographique, c’est-à-dire de l’évidence selon laquelle toute rêverie apporte avec elle sa terre, que de la face cachée de l’aventure, de tous ces marchandages avec les ombres et de tout ce qui s’échange d’impalpable et d’inquiétant sous le commerce des mots. […] Métissage de stupeur et d’émerveillement, d’obsession et d’indécision, de porosité et de fluence, d’eau salée et d’eau douce, la voix de Michel Chaillou est unique et sa tentative sans équivalent. Le ciel touche à peine terre nous en offre un nouveau témoignage, voyage ne menant nulle part mais berçant notre finitude sur l’infini de ses errances tout en tirant de cet égarement une incontestable et contagieuse volupté. (n° 255)

 

La Vie privée du désert

A Melle, Samuel Canoby, jeune étudiant sursitaire, aime, lit, aime ... L'histoire de ses amours tandis qu'au loin menace la guerre d'Algérie.

Grand prix Poncetton de la Société des gens de lettres

Seuil 1995
Le roman a été présélectionné en septembre 1995 pour le prix Goncourt. 

L’Express (Angelo Rinaldi)

Doux oiseaux de la jeunesse

On s’était résigné à ce que les « événements d’Algérie », selon l’expression consacrée, n’eussent ni leur Malraux ni même leur Malaparte. D’où la surprise causée par le roman de M. Chaillou. Il rend cette guerre présente sans la montrer ailleurs que dans les esprits – une prouesse. Il donne la couleur d’âme d’une génération de sursitaires qui, tel son Samuel Canoby rattrapé par sa mémoire, dépasse aujourd’hui la cinquantaine. […] M. Chaillou est le maître de ces images et scènes qui semblent à fond doré, telles les miniatures sur les manuscrits de jadis. Sur l’amas des infamies à l’arrière-plan, on croit entendre la jeunesse même pousser le cri du coq sur son tas de fumier. Dans la mesure où il s’explique, le talent doit ici beaucoup à une tendresse sans cesse en alerte, à un don exceptionnel de sympathie et à cette gentillesse persillée d’ironie pour laquelle, autrefois, le Français du haut en bas de la société était réputé. (31 août 1995)

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Le Nouvel Observateur (Mona Ozouf)

Une jeunesse intérieure
Le merveilleux Chaillou est allé à la pêche de ses souvenirs d’adolescence. Une belle prise littéraire

Michel Chaillou décrit comme personne l’immense distraction de l’adolescence, la longue digression scolaire, dérive dans une contrée évasive. Son beau roman-fleuve ne l’est pas au sens habituel du terme. Il l’est au sens d’une écriture-fleuve, qui épouse souplement la coulée de l’eau, tantôt tourbillonne, tantôt s’étale et s’apaise, bute sur un fouillis d’adjectifs, ricoche sur le galet d’un verbe, noie les conjonctions, tord la brindille d’un adverbe, moire un substantif d’un épithète inattendu. Le lecteur en ressort avec le léger vertige de qui s’est trop longtemps penché sur le miroir des eaux et des livres.( 12-18 octobre 1995)

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Le Magazine littéraire (Marie-Laure Delorme)

La jeunesse comme elle vient

Michel Chaillou est un véritable romancier à l’écriture toujours heureuse. Son style est divers, déroutant. Abrupt quand on l’attend suave, coulant quand on l’imagine saccadé. Il surprend, étonne, mais ne discorde jamais. Et si ses phrases vous empoignent, vous saisissent, c’est qu’elles semblent échapper de sa plume. Comme malgré lui.(octobre 1995)

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L’Humanité (Jean-Claude Lebrun)

Avoir vingt ans à Poitiers

Michel Chaillou se présente comme un infatigable batteur de langue, dans sa parole comme dans les mots jetés sur le papier des livres. La Vie privée du désert, dernière production de sa forge verbale, y fait venir la guerre d’Algérie sur son seuil, pour la secouante reconstitution d’un morceau de jeunesse dans la province française.(15 septembre 1995)

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La Quinzaine littéraire (Marie Etienne)

Réel vécu, réel appris

On en sort la chronologie bousculée, avec la vision attendrie d’un fort jeune homme qui « se sent repoussé par les chaises, les casiers » de la salle des professeurs où son nom ne figure pas, vivant une sorte de désert. Sa fougue saoule monte et descend le temps, celui d’avant et le sien propre, elle alimente une chronique apparemment désordonnée où le langage pavoise. Superbe est la revanche qu’il favorise. (1er au 15 septembre 1995)

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Le Méridional (Julien Moreau)

Avoir vingt ans dans les Deux-Sèvres

Car la grande affaire de Michel Chaillou, son île au trésor, c’est bien le langage. Son univers c’est la géographie de la langue, sa patrie c’est le mot, sa ville les concepts qui en dérivent. Collège Vaserman, Domestique chez Montaigne, Le rêve de Saxe, La rue du capitaine Ochanski, autant de promenades littéraires peuplés de personnages hantés par les arcanes de la parole. […] Dans La vie privée du désert, Michel Chaillou grâce à son écriture fantasmagorique défie donc les lois de la pesanteur existentielle et nous offre un beau roman où l’on y montre comment on peut sortir de soi sans se perdre et sans se nier. (24 septembre 1995)

Valeurs Actuelles

Hors des chemins battus
Absolument moderne, résolument classique ou subtilement métaphysique, trois façons de marquer sa différence romanesque.

Si l’expression « nouveau roman » eut jamais un sens, Michel Chaillou est l’un des représentants les plus décidés de cette école indéfinissable à force de division. Il relèverait du courant « Claude Simon ». La construction de La Vie privée du désert, est analogue à celle de La Route des Flandres ou des Géorgiques de notre dernier Prix Nobel de littérature. Elle reproduit le fonctionnement de la mémoire du narrateur, ses hésitations, ses trous, ses résurgences, ses illuminations. (28 octobre 1995)

Le Monde (Jean-Noël Pancrazi)

Chaillou, comme un torrent

Tout est emporté dans un même ruissellement de souvenirs qui ne cessent, sans aucune aspérité, de glisser les uns vers les autres ; tout est constant déplacement, mouvement dans l’univers de Michel Chaillou. Il y a en lui une fatalité presque voluptueuse (3 novembre 1995)

 

La Nouvelle République du Centre-Ouest (interview par Dominique Gerbault)

Michel Chaillou : « A Melle, les êtres et les choses sont en sympathie »

(samedi 9 et dimanche 10 décembre 1995)

Le Républicain Lorrain

« Le livre de l’Été » : le jury de secteur de Sarrebourg plébiscite La vie privée du désert 

Lire l’article (16 décembre 1995)

Mémoires de Melle

Un roman d'apprentissage. Samuel Canoby, le héros de La Croyance des Voleurs, raconte son adolescence mouvementée à Casablanca dans les années 1950.

Prix Hugues Rebell 1994

Seuil 1993

Le Nouvel Observateur (Jean-Louis Ezine)

Mémoires de Melle ou une éblouissante initiation aux intrigues de Casablanca

Depuis Le Sentiment géographique jusqu’au Rêve de Saxe, en passant par Domestique chez Montaigne et La Vindicte du sourd, ce lettré hors normes s’est taillé la réputation singulière, et d’ailleurs peu disputée, de romancier du bancal, du guingois, du gourd, de l’ensommeillé, du pastoral hirsute, des maçonneries disjointes de l’âme, bref de la sainte fatigue des choses. Il ne s’agit nullement de réduire la portée de ce projet littéraire en apparence saugrenu : au moyen d’une langue burlesque, voluptueuse et toujours inventive, miraculeusement accordée à son objet comme l’horloge au temps qui bat, Michel Chaillou est devenu un extraordinaire mémorialiste des immobilités rurales. (13 octobre 1993)

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Le Figaro (André Brincourt)

Il s’agit des mémoires d’un âne, bête de somme et de songes. Un enchantement.

J’ai rarement lu un livre aussi modeste dans ses intentions et aussi riche dans les faits. Ni début, ni fin – c’est un tout. Non un récit qui se déroule, mais un tableau éclaté, un nuage de sable, de lumières. Les Mille et Une Nuits retrouvées en mille et un morceaux dans une mémoire qui, par ruse comme par honnêté, s’avoue en défaut et multiplie la qualité des éclats.(22 octobre 1993)

L’Humanité (Jean-Claude Lebrun)

Les jaillissements d’une langue de feu

C’est bel et bien une autobiographie qui se construit dans le travail d’écriture, au creux de ces volutes de récit et dans ces avancées pleines de hardiesse de la langue. Il y a là, indubitablement, quelque chose de l’ordre de la nécessité, qui explique aussi pourquoi le foisonnant et resplendissant roman de Michel Chaillou peut résonner aussi profond à la lecture. (mercredi 8 septembre 1993). Lire l’article

Magazine littéraire (Aliette Armel)

Mille et une histoires

Ce livre a la saveur authentique du vécu : il suit, comme en direct, le cours de la mémoire, n’ hésitant pas à faire de la redite un art. Il reconstitue le fil du temps de manière non logique, non séquentielle, en sautant d’un fait à l’autre par association d’idées ou simple résonance provoquée par la saveur des mots. […] Ces Mémoires ravissent en tout cas le lecteur de Mille et Une histoires et confèrent au Maroc des années 50 un parfum magique. (octobre 1993)

Page (Françoise Xenakis)

Mémoires de Melle de Michel Chaillou : c’est hirsute, touffu, mais plein d’explosion de soleil, d’amour, de mots qui chaloupent, tangotent et valsent, emmènent Chaillou dans des dérives folles. C’est l’histoire d’un enfant de quatorze ans, presque plus vieux que la maman, perdu au Maroc et qui va de dérives en dérives, matraqué par la misère au gré des amants plus nombreux que les mouettes sur le port. Roman d’une adolescence, roman initiatique, les mille et une nuits d’un enfant gourmand, d’un enfant qui brûle de partout. (septembre-octobre 1993)

Quantara (Abdellatif Laabi)

Le Maroc au coeur

On ne lit pas Michel Chaillou, on le relit, et ce faisant on renoue avec le bonheur de lire. Bonheur rare par la littérature qui court, avide de lecteurs soumis comme autant de téléspectateurs haletant derrière des histoires dont ils font semblant de ne pas connaître la fin. Qui écrit encore de nos jours, ce qui s’appelle écrire ? Rares sont les récits où la langue s’invente et se réinvente dans le déroulement même de l’écriture, où l’écrivain caresse les mots, lisse leurs racines, débride leur imagination, avant de les lâcher dans la cascade fraîche de la phrase, tout près de la source. Michel Chaillou réalise d’autant plus cette rareté que son texte s’écrit non seulement dans la langue déclarée – la française – mais aussi dans une autre, non maîtrisée, souterraine, fortement désirée, à savoir l’arabe populaire marocain.(n°9, octobre 1993)

Humanité Dimanche (François Salvaing)

Mémoires de Melle, construit à la façon d’une médina, avec des retraits, des détours, des escaliers, des portes d’ombre, des patios, de très brèves lignes droites, fait également revivre, sans autre nostalgie chez l’auteur que celle d’avoir été jeune, la Casablanca de la fin des temps coloniaux, bouillonnante de toutes sortes d’appétits et de tensions. Mais au-delà des personnages et de la ville, le livre saisit, et vaut, d’abord par le dévorant amour de Chaillou pour la littérature, entendue ici comme un tourbillon de mots et de métaphores. (n° 187, 14 au 20 octobre 1993)

La Vie (Yves Viollier)

De demi-confidence en demi confidence dans un style coloré, on devient les témoins privilégiés et charmés des cinq années de Maghreb d’un ânon et de sa mère pas très vieille. On assiste à leurs démêlés frénétiques avec la misère et des bataillons d’amants et d’amantes, mais leur passion de vivre est inaltérable. Les Mémoires de Melle ? Un brûlant coup de soleil. (20 au 26 janvier 1994)

Blog, Le Journal d’un lecteur (Pierre Maury)

Cette critique du roman sous forme d’entretien, découverte à l’occasion des hommages à Michel Chaillou, en décembre 2013.

http://journallecteur.blogspot.fr/2013/12/michel-chaillou-nous-laisse-aussi.html

La rue du capitaine Olchanski

Dans la collection "l'un et l'autre", une confrontation avec La Fille du capitaine de Pouchkine.

Roman russe, Gallimard 1991

Le Figaro Littéraire (Laurence Vidal)

Loin du portrait, aussi imaginaire qu’il puisse être, c’est un vrai roman russe – comme l’indique le sous-titre – qu’a composé l’auteur de Rêve de Saxe. Un roman torrentiel, avec ses paroles grognées, ses ferveurs et ses folies, le choe c toujours violent de ses images lyriques et démembrées. […] Cela donne, comme souvent chez Michel Chaillou, ou ouvrage déconstruit, un pêle-mêle de situations saisies comme photographies, de discussions enivrées, de silences brusques et d’incessants allers-retours entre les bribes du temps. Un ouvrage à savourer lentement, si l’on ne veut en perdre ni le fil ni le sel. (21 mai 1991)

Le Monde (René de Ceccaty)

Chaillou russe

C’est avec une délicieuse jubilation que Chaillou entre dans la culture russe : les noms, les bribes de phrases, les proverbes sont égrenés avec la même passion qui poussait les romanciers russes à faire leurs personnages en … français. Mais surtout d’un roman historique, déjà perverti (puisque Pouchkine qui, à l’origine, s’était proposé d’écrire l’histoire de Pierre le Grand avait cédé à l’attrait du romanesque, en racontant l’histoire du paysan rebelle Pougatchev et de son affrontement avec le narrateur), il fait une rêverie redoublée : rêve sur le rêve, fiction sur la fiction. (vendredi 26 avril 1991)

Le Nouvel Observateur (Mona Ozouf)

A la russe

Ce succulent roman russe illustre ainsi le propos de « ‘l’un et l’autre », qui tient les portraits que l’on fait d’autrui pour les plus véridiques des autoportraits. On reconnaît les traits de Michel Chaillou dans un héros qui « s’adonne au style comme à la boisson » et auquel il fait dire :« Les yeux on les frotte bien de neige à la naissance pour qu’ils voient plus clair, et les oreilles pour qu’elles sonnent juste. Avec mes mots, je me frotte.  » Et encore ceci, où l’on retrouve chez l’auteur de « La Croyance des voleurs » l’obsession des naissances incertaines : « Ce qui me retarde, c’est l’énigme des premières ombres qui accompagnent toute vie, l’immensité des êtres. »(20-26 Juin 1991)

Magazine littéraire (Viviane Forrester)

Chaillou chez les Russes

Rares sont les écrivains et les livres, très rares. Parmi le fatras des pages, des titres et des noms, combien à chaque époque ? Fort peu. De notre temps, combien de voix et combien demeureront ? Moins encore, peut-être, mais, sans aucun doute, celle de Michel Chaillou […] Une voix issue d’une antique et très précise, très actuelle mémoire, d’élans que ne freine aucune prudence, mais qu’autorise une langue en osmose avec le souffle, les rythmes, l’exactitude de la respiration. Toujours en avance sur son lecteur, sur lui-même -déjà dans la scansion, le chapitre, le livre suivants. Un auteur qui entraîne, étonne et qui jamais ne se prive de faire état de ses propres étonnements, aussitôt traduits dans cette écriture complice de résolutions neuves, intriguées, des événements, des êtres, des sensations et toujours empreinte d’un espoir très particulier. (n° 291, septembre 1991)

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L’Hexaméron

Un livre collectif en collaboration avec Michel Deguy, Florence Delay, Natacha Michel, Denis Roche, Jacques Roubaud.

Seuil, 1990

Révolution (Jean-Claude Lebrun)

Proses extrêmes

A partir de préoccupations communes et d’un semblable désir de remonter à la source de l’écriture, c’est à six circuits à la découverte de l' »extrême contemporain » que nous convient ces écrivains, réunis là par de puissantes affinités intellectuelles. Devant ces textes qui tournent à grande vitesse, il faut oser se payer le luxe d’une lecture lente, puis d’un « replay » au ralenti pour en repérer les finesses et les subtilités, pour en saisir la foisonnante polysémie et en apprécier les beautés : la Frise,  » un pays éclairé par des moitiés de soleil, de lune l’hiver, mais du feu dans l’autre, dans l’esprit, une façon bien à eux qu’ont les Frisons de se comporter devant les éléments », écrit Michel Chaillou. Ici il est interdit, sous peine de dérapage fatal, de détacher le regard des textes qui se précipitent à votre rencontre. Mais en retour, toutes les sensations sont garanties au lecteur, de l’affolement devant le défilé de certains concepts « pointus » à l’extase devant les trouvailles d’écriture. (16 mars 1990)

Le Monde (Josiane Savigneau)

Ce petit livre – où l’on retrouvera, avec intérêt ou irritation, selon ce que l’on pense de chaque auteur, des textes très caractéristiques des écrivains susnommés -, Denis Roche qui le publie dans sa collection Fiction & Cie, le commente avec beaucoup d’humour. « Nous ne sommes plus à un âge où, d’habitude, on constitue des troupes littéraires. Nous nous y mettons quand tous les autres, eux, ont plutôt divergé ». […] « Nous avons en commun notre intérêt pour la littérature qui se fait aujourd’hui. Beaucoup d’écrivains ne lisent pas leurs contemporains. Nous tous, nous lisons ce qui sort et nous nous posons des questions. » Tout est bon, selon Denis Roche, et on ne saurait lui donner tort, pour lutter contre l’apathie qui règne actuellement en France à propos de la littérature. ( vendredi 23 mars 1990)

Petit guide pédestre de la littérature française au XVIIe siècle (1600-1660)

Le Paris des écrivains sous Henri IV et Louis XIII, sous un ciel qui a droit au chapitre (co-auteur, Michèle Chaillou).

Ce livre est le premier volume de la collection Brèves littérature que j'ai dirigée de 1990 à 1996 chez Hatier.

Hatier 1990, Fayard 2000, Pocket 2017

Ce qu’en a dit Pierre Bourdieu …

… Et on ne peut qu’approuver une tentative comme celle de Michel Chaillou lorsque, se fondant sur le primat du sentir, de l’éprouvé, de l’aisthèsis, il propose une évocation littéraire de la vie littéraire, étrangement absente des histoires littéraires de la littérature : en s’ingéniant à réintroduire dans un espace littéraire singulièrement confiné ce qu’on peut appeler, avec Schopenhauer, les parerga et paralipomena, les entours négligés du texte, tout ce que les commmentateurs ordinaires laissent de côté, et en évoquant, par la vertu magique de la nomination, ce qui fit et fut la vie des auteurs, les détails familiers, domestiques, pittoresques, voire grotesques ou « crotesques » de leur existence et de son décor le plus quotidien, il opère un renversement de la hiérarchie ordnaire des intérêts littéraires. Il s’arme de toutes les ressources de l’érudition, non pour contribuer à la célébration sacralisante des classiques, au culte des ancêtres et du « don des morts, comme disait Saint-Augustin, mais pou appeler et préparer le lecteur à « trinquer avec les morts », comme disait Saint-Amant : il arrache au sanctuaire de l’Histoire et de l’académisme des textes et des hauteurs fétichisés pour les remettre en liberté. Comment le sociologue, qui doit aussi rompre avec l’idéalisme de l’hagiographie littéraire, ne se sentirait-il pas en affinité avec ce « gai savoir » qui recourt aux associations libres rendues possibles par un usage libéré et libérateur des références historiques pour répudier la pompe prophétique de la grande critique d’auteur et le ronron sacerdotal de la tradition scolaire ?

(Pierre Bourdieu, Les règles de l’art, « avant-propos », pp. 12-13, Editions du Seuil, 1992)

L’Express (Anne Pons)

Le promeneur accompagné

Ce « petit guide pédestre », est-ce un nouveau manuel pour les joggers ? Sa couverture nous rassure, où des piétons de Paris, en costmes du XVIIe siècle, s’apprêtent à rendre visite aux écrivains de leur temps.

[…] L’auteur de « La petite Vertu » redécouvre la notion de biographie, celle des auteurs, connus et moins connus, des lieux traités comme des personnes, des événements historiques et des thèmes : bien des merveilles inexploitées attendent l’honnête homme de l’an 2000 à la lumière de l’écriture.

et, à propos de la création de la collection « Brèves littérature »

Rapides, intenses, laconiques, les textes de « Brèves » sont des galeries nouvelles creusées dans la vieille mine du patrimoine. Plusieurs volumes par siècle, de vrais thèmes bien trouvés, voilà de quoi désenclaver les îlots des manuels à l’ancienne. Michel Chaillou, la conviction personnifiée, a déjà su nous mettre en appétit avec ce beau triplé. ( 1er juin 1990)

La Petite Vertu

Huit années de prose courante sous la Régence. Une anthologie et un roman-rumeur des mots d'une époque.

Balland 1980, rééd. Seuil 1990

Le Nouvel Observateur (Jean-Paul Aron)

Le drapeau noir flotte sur la Régence

Quel texte, histoire, chronique, poésie, qu’importe, flouant les genres, crevant les systèmes, provoquant les modes, quelle écriture, précieuse et cruelle, baroque et frondeuse, éloquente et taquine, traquant un temps, l’enveloppant, le restituant mieux que les plus beaux ouvrages d’érudition ! Déjà, dans Le Sentiment géographique, superbe rêverie autour de L’Astrée, Michel Chaillou avait imposé sa maîtrise, produit du luxe et de l’ascèse. Aux singuliers de sa trempe, ressortissent les conjonctures qui dérangent, où l’on ne sait plus sur quel pied danser, où la mise en cause des valeurs s’opère sous l’apparence de la grâce, où les bouleversements politiques conspirent avec l’afféterie des usages, où le réel s’emballe dans la fiction. Les Régences, de Concini ou du duc d’Orléans, sont de celles-là. On s’y repaît de bonne chère, on descend aux frénésies d’amour tandis que les affaires sont aux abois; en 1715, on respire après la mort du roi divin et que la vieille guenon s’est retirée à Saint-Cyr ; on apprend le siècle, né sans doute trente ans avant, quand des philosophes intrépides discutent la légitimité de l’ordre établi ; on tâte des savoirs et des techniques qui vont, cinquante ans plus tard, régir l’idéologie: et la langue française, une belle langue, conçue par Richelieu comme instrument du pouvoir, se met à l’épreuve de ces matières émoustillantes. On publie sur l’herborisation et l’art de guérir, les voyages et la cuisine, le chocolat et le jardinage, le flux et le reflux de la mer, les bienfaits des eaux d’Abbecourt, sur la chasse et sur la pêche, sur les instruments de musique. On s’émeut des baleines [… ]. On exalte le roi des abeilles, si différent des autres mouches, le ventre large, l’allure puissante, traitant l’essaim en dominateur. On dessine l’économie du futur, on enseigne les négociations boursières et les principes de l’agiotage. A ces divers, à ces riens et à ces grandes choses, à cette étoffe décousue, à ce merveilleux babillage qui promet bien davantage qu’il ne présente, à cette prolixité découvrant les mouvements secrets du corps social, Michel Chaillou offre une préface époustouflante …(janvier 1981)

Libération (Philippe Boyer)

L’étourneau et l’Isabelle

La Petite Vertu se présente comme une anthologie de textes de prose non littéraire accompagnés de textes de Michel Chaillou restituant l’environnement historique de l’époque. Il est question de jardinage et de médecine, de recettes de toutes natures, de chroniques du moment, de science, de botanique, de tout ce qui fait finalement la vie ordinaire ou peu ordinaire dans la France de la Régence. Et pourtant quand on a dit ça on n’a rien dit d’un livre qui n’a rien de commun avec ce qu’il est convenu d’appeler « anthologie », mais qui est d’abord et avant tout le quatrième livre de fiction de Michel Chaillou dont le personnage central, comme dans les trois livres précédents, est la langue elle-même. (30 octobre 1980)
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Les nouvelles littéraires (Jean-Louis Ezine)

Ici, c’est le peuple qui parle et scribouille, et sa langue est parfois aussi verte, légère et anonyme, qu’une fille de petite vertu. Elle court, elle court, sur le pavé de la  Régence. (23 au 30 octobre 1980)

Le Matin (Laurent Dispot)

Un Missisippi de mots

Amours, délices et orgues ! Jouez hautbois, résonnez musettes ! Voici le livre le plus joliment écrit de l’année, il nous ferait verser des pleurs de joie, et de nostalgie : Michel Chaillou dans la Petite vertu restitue la langue française à elle-même. Tout un pan disparu du monde merveilleux des mots revient à nous d’un coup, frais comme au premier jour : c’est un jardin, un grand jardin; une navigation, un Mississippi, un rêve … A nous la prose « courante » de la Régence : elle nous guérira, elle nous fortifie. (2 décembre 1980).

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La quinzaine littéraire (Gilles Lapouge)

A la cueillette des rumeurs mortes

Les mots qu’a emporté le temps, les mots qui courent dans la rue, les mots de ménage et de cabaret, le brouhaha et la rumeur, la fureur et le chuchotis, les mots mal fagotés, les pauvres mots des pauvres, que sont-ils devenus et où sont-ils nichés quand deux siècles et demi ont passé ? Michel Chaillou est allé à la cueillette. Il a ramassé un plein panier de phrases qui furent dites sous la Régence, entre 1715 et 1723, et depuis elles dormaient à poings fermés dans leurs in-folio, mais elles respiraient encore, et maintenant qu’on les réveille, elles gigotent comme des mulots à la fin de l’hiver (décembre 1980).

 

L’Humanité (Jean Rocchi)

« Avec privilège du rêve »

La Petite Vertu n’a pas de précédent, donc pas de modèle : il s’agit bien du retour d’un écrivain moderne dans ces années du début du XVIIIe siècle. Et Michel Chaillou entreprend un véritable roman historique dont les héros ont ou auraient réellement vécu, mais dont le principal est la langue française. La mort de Louis XIV, par exemple, qui après lui osera tenter de la revivre autrement ? C’est un maelstrom d’esprit. (mercredi 15 juillet 1981)

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Les nouvelles pédagogiques (Nicole Zucca)

Michel Chaillou, un historien de l’air du temps

A lire pour les enseignants de lettres et de sciences humaines, amateurs de détournement. (15 septembre 1981)

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Le Figaro (Bruno de Cessole)

De même que certains mystiques ont perçu l’odeur du temps, de même Michel Chaillou a su humer les effluves qu’exhale la prose du temps, ce terroir où la frontière s’estompe entre le rationnel et le merveilleux, où grouille une humanité fauve, « où croissent les roseaux, les baumes sauvages, l’argentine … » (11 avril 1990)

Nice-Matin

On ne s’ennuie pas une seconde à côtoyer ces propos familiers, vifs, clairs, cette époque vue de la base, de la coulisse, du coin des gueux, au carrefour de tous les métiers, à la croisée des écritures anonymes. (18 février 1990)

 

La Croyance des Voleurs

Un roman de l'enfance, en bord de Loire, à Nantes. Première apparition de Samuel Canoby, le héros d'une série à demi autobiographique, partagée entre fiction et réalité.

Prix des Libraires 1989, prix de la Ville de Nantes, prix Vitet de l'Académie Française.

roman, Seuil 1989

Le Monde (le feuilleton de Bertrand Poirot-Delpech)

L’air et les paroles

Il y a deux manières de faire quand un écrivain entreprend de raconter une enfance, généralement à partir de ses propres souvenirs. Ou il rapporte faits et propos du haut de l’âge mûr qu’il a atteint, y projetant avec attendrissement la logique et l’art de peindre venus ensuite; ce dédoublement touriste est le cas le plus fréquent, et ce peut être réussi, voyez Pagnol. Ou bien l’auteur tente de retouver du dedans le chaos de perceptions au milieu duquel l’enfant a découvert son corps en train d’exploser, le monde lointain entrevu à l’école, les aberrations et les hypocrisies des adultes proches, ainsi que le pouvoir mythifiant des mots, si ceux-ci, comme c’est normal chez un futur écrivain, l’ont précocement fasciné. Cette reconstitution artiste, on ne l’a vue à l’oeuvre, dans la précédente génération, que chez le Queneau de Zazie et chez Gary, versant Ajar. Parmi les auteurs vivants dans la force de l’âge, je ne vois que Chaillou et le Rezvani des Années-lumière qui tiennent ce périlleux pari. […]

Dès les premières phrases, un style distinct de la koiné, et qui n’appartient qu’à Sammy, nous implique de force dans la quarantaine, l’ostracisme presque l’autisme, où on l’a enfermé. Naïvetés à fendre l’âme, pure poésie et intuitions revanchardes se mêlent sans cesse dans la mesure qu’il prend du monde, et du savoir censé en rendre maître. […]

Sammy-Chaillou joue de la langue classique en la rechargeant d’approximations fiévreuses, en recomposant l’innocence sauvage et la chasse au bonheur propres à l’adolescence. Bien que le petit héros avoue ne pas savoir tenir un archet, il fait penser à un enfant qui tirerait d’un violon gracile pour musique baroque des accents rapeux de valse tsigane, comme ça d’instinct. (3 mars 1989) Lire l’article

Télérama (Michèle Gazier)

Un mal, des mots

« Chez nous on a une table, quatre chaises, plus l’éternité.  » Voilà, c’est la première phrase, et on ne peut plus s’arrêter de lire. Souffle court et regard en alerte – Michel Chaillou a l’art d’écrire entre les mots – on est bousculé, ému, ébouriffé. (22 février 1989) Lire l’article

Le Nouvel Observateur (Jean-Louis Ezine)

En plein dans le Nil

On a beau dire ; rien ne se conserve mieux que l’éternité. Quand elle meuble la mémoire de chimère intactes, comme ici, quand elle fait un croche-pied au temps qui voudrait filer, « Se souvenir, écrivait naguère Chaillou, c’est comme prier :Dieu bouge au fond du sac. « Et Michel Chaillou est un fameux receleur d’émotions, qui nous ouvre là tout son sac. Un moment rare, à goûter les coudes sur la table, les poings dans les joues. (23 février 1989) Lire l’article

Le Figaro (Patrick Grainville)

La danse des mots

Les mots ne sont jamais à leur place, ils permutent, ils s’inversent, se contaminent, pêchent à la ligne, culbutent et frisent. Chaillou, c’est chamboule tout. (16 janvier 1989)

La Quinzaine littéraire (Francine de Martinoir)

Kleptomane

Voici que La Croyance des voleurs naît d’un miracleles retrouvailles avec le garçonnet que Michel Chaillou a été, avec ses premières années enfouies bien loin. Ce miracle est possible grâce à la rencontre entre le mouvement de la narration, vif et plein de dialogues, et le pays intérieur, celui d’avant tous les récits, celui qu’on ne reconnaît parfois qu’au bout de longues années. (1er au 15 mars 1989) Lire l’article  

Le Canard enchaîné (Dominique Durand)

La mémoire pyramide

Ici, dans une langue puissante, il nous montre que la littérature est un travail : un de ces travails, d’abord, où l’on immobilise le cheval que l’on va ferrer, et le travail de l’enfantement, aussi. Embarquez sur sa felouque. (25 janvier 1989)  Lire l’article

L’Evénement du jeudi (André Clavel)

Chaillou, l’enfance d’un corsaire

Michel Chaillou dit souvent qu’il aimerait retomber en enfance. Mission accomplie : son dernier roman, une merveille, serpente sur les bas-côtés broussailleux de la mémoire et nous entraîne, à cloche-pied, vers un pays de Cocagne dont un adolescent est le prince. (16 février 1989)  Lire l’article

L’Humanité (Claude Prévost)

L’art de doubler la vie

Si j’osais, je ne parlerais que du style. Car c’est bien lui qui, d’emblée, accroche le lecteur patient, attentif et gourmand. […] Michel Chaillou excelle dans ce que j’appellerai, faute de mieux, « la poésie du quotidien ». (18 janvier 1989)

Libération (Jean-Didier Wagneur)

Le pharaon de Nantes

La Croyance des voleurs témoigne de la volonté de Chaillou de poursuivre son travail sur le langage et le récit dans une perspective jusque là inédite. Il écrit ici un authentique roman populaire qui rompt à première vue avec ses livres étiquetés plus difficiles même si, thématiquement, La Croyance des voleurs appartient à la même caravane bibliographique. S’interdisant toute pose dans le populisme, c’est un livre nomade, de bonne aventure, un texte oriental qui déménage sans cesse. (12 janvier 1989)

Révolution (Bernard Chambaz)

La coursive d’Hermès

La Croyance des voleurs trace un livre d’une pureté et d’une puissance rares. Langue étincelante comme – en pays de Loire- l’herbe de février. Destin écrit (où ça ?), mais faut-il rappeler que l’histoire de l’Egypte a disparu dans les flammes de la Bibliothèque d’Alexandrie ? (10 février 1989) Lire l’article

La Vie

Le récit de Sam a des résonances psychanalytiques, parfois ésotériques, qui relèvent à la fois de la poésie, du romanesque ou de l’autobiographie. Le personnage est si fort qu’on le suit, irrésistiblement attiré. (16 février 1989)

Quoi lire Magazine

Michel Chaillou est un fameux conteur: il n’est sans doute pas loin de cet enfant qui parle fort et qui court vite, et qu’il fait si bien vivre à coups de phrases serrées, nerveuses et pleines de joyaux. (février 1989)

La Liberté de l’Est (Gérard Noël)

L’oeuvre poétique et inspirée d’un véritable alchimiste du langage

Ce roman se lit comme on boit une liqueur. En gardant dans la bouche, le goût très prenant des mots. Et qu’il est doux de se laissser envahir par l’ivresse qui nous gagne peu à peu à la lecture de ce roman envoûtant. Une pleine réussite. (7 février 1989)  Lire l’article

Ouest-France (Daniel Yonnet)

Quand la Loire devient le Nil …

Michel Chaillou nous offre un roman de toute beauté. Son imagination de gosse est restée pure. Sa voix a conservé les angoisses d’antan. Ses grands-parents paternels sentent bon l’eau de javel, le pain chaud, l’honnêteté des simples et l’affection sans limite. (6 février 1989) Lire l’article

24 heures de Lausanne (Jean Pache)

Une descente en soi

Dans une langue d’une invention poétique constante, Michel Chaillou conte l’histoire d’un nœud . Samuel dit « la boule d’angoisse. » Il crée un picaresque de l’enfance, où vécu et imaginaire s’engrènent pareils au « mensonge à roue dentée ». (25 février 1989)

Le Dauphiné libéré (Didier Pobel)

Traversées du miroir

Et si, dans son dernier ouvrage, La Croyance des voleurs, Chaillou manifeste d’emblée son goût pour une sorte d’autobiograhie onirique, on ne lui reprochera pas de ne pas être en prise directe avec la vie, tant le langage est ici générateur d’un monde grouillant qui acquiert même souvent une dimension animiste. (28 février 1989)

Art press (interview par Philippe Diméo)

Michel Chaillou, l’enfance de la narration

C’est une langue éminemment sensuelle, toujours en crue, rythmée à l’extrême qui vient saturer l’espace de la narration. S’il atteste d’une évidente fidélité thématique, cet univers romanesque densément onirique, doué d’une mémoire littéraire peu commune, n’en redéploie pas moins constamment sa langue tout en soubresauts et palpitations haletantes. C’est que Michel Chaillou n’entremêle les époque et les lexiques les plus disparates qu’en vue d’une composition totale du monde et du moi qu’il voudrait sans résidu. […]

Roman populaire, roman initiatique, roman privé, roman fantastique. La croyance des voleurs offre une multitude de niveaux de lecture. Deux rythmicités, deux intentions s’y interpénètrent : la vitesse d’un temps progressif, linéaire, vient dialoguer avec les lenteurs d’un temps éternel – celui de la mémoire, d’une mémoire démesurée qui entend étreindre toute chose – trouvant dans l’Egypte ancienne son allégorie. Tout symboliquement le retour du personnage est un retour de l’enfant. L’enfant chaparde, son plus beau larcin c’est ce passé qu’il pétrit à un temps indifférencié pour mieux nier toute temporalité, toute séparation. Il s’agit aussi d’une protestation contre la mort. ( 133, février 1989)

Dernières nouvelles d’Alsace (Danièle Brison)

L’Egypte de Sammy

La Croyance des voleurs n’est pas une reconstitution, une singerie de l’enfance. C’est tant d’années après, toujours et encore, ces mêmes mots en boule qui font voyage de tout, de rien. C’est excellent vraiment.(3 mars 1989)     Lire l’article

Sud-Ouest Dimanche (Fabienne Bourseau)

L’art du tzigane

« Chez nous, on a une table, quatre chaises, plus l’éternité. » Telle est la première phrase de La croyance des voleurs, dernière composition – magistrale – de Michel Chaillou. Soit un récit des plus singuliers, haletant, puissant, mené à un train d’enfer. Une histoire de voleurs, une histoire de famille, une histoire d’âmes […] Une enfance perturbée et difficile , que Michel Chaillou restitue dans une langue capable de rattraper les chemins caillouteux de la jeunesse. pour ce il compose à la manière d’un musicien et fait du rythme son maître mot. Des chapitres brefs, dont les débuts se placent instinctivement dans l’éternité du livre, et une construction chaotique donnent au roman la saveur déroutante de la discordance, préférée ici – fort justement – à l’harmonie. ( 23 avril 1989)

La Presse (Jacques Folch-Ribas)

C’est le récit d’une enfance, celle du petit Samuel, qui pourrait être celle de mille autres. Un enfant vit près de son grand-père et de sa grand-mère en province. Il a aussi un secret qui fait de lui un voleur – presque. Il a des copains et des copines. Il a un rêve, enfin, comme tous les enfants ; le sien, c’est Egypte. Je ne vous en dis pas plus. Vous pousserez quelques ah, et oh, ce sera de la jouissance. Seul, il écrit ainsi.(28 janvier 1989)

Nouvelle revue de Lausanne (Valérie Bonard)

 « La Croyance des voleurs », une fuite en Egypte

Ceux qui n’ont pas encore lu La Croyance des voleurs ont de la chance : ils pourront l’emporter en vacances. Où qu’ils aillent, ils seront en Egypte, quels qu’ils soient, ils retrouveront l’esprit d’enfance. Mais ce n’est pas cela seulement qui les enchantera. Ils découvriront le naturel, l’humour, la poésie de Chaillou, l’immédiateté de son langage, ses raccourcis, ses glissements, ses collages. (4 août 1989)  Lire l’article

 

Le rêve de Saxe

« A-t-on jamais entrepris la biographie de l'Amour, fait le conte, dépenses et sorties de sa vie musarde ? Né ici, mort là. »

roman, Gallimard 1986

Le Monde (le feuilleton de Bertrand Poirot-Delpech)

Sous les draps du dix-huitième siècle

Aimer les mots et aimer les corps, c’est tout un. Deux siècles de concepts et de moralisme ont enseveli cette vérité croustillante. La voici réhabilitée, avec une érudition et une luxure qu’on croyait éteintes à jamais. Pour y arriver, il fallait un gentil obsédé. Il s’appelle Michel Chaillou. Fouineur de paragraphes – ces bosquets – , marieur de genres, on l’a déjà vu, comme Domestique chez Montaigne, accoupler l’histoire et la géographie, pas moins … […] Attention : Chaillou n’écrit pas « sur » les dessous du dix-huitième. Il les z’yeute, de tout son appétit, il ne reconstitue pas les « petits appartements » de Versailles; il y couche en rêve, il y crève d’envie. Il pétrit le kaolin du souvenir, comme le porcelainier fixe une contorsion caressante, une nuance d’élan, une roseur émue. A la manière de l’époque, il mêle sexe et religiosité. A la façon du plaisir, il ignore le lendemain, entendez : le chapitre suivant. Il écrit devant soi, comme on chasse. Que se lève la bête inopinée ! La volupté guettée au saut du lit, au détour du bois, fourrure qui s’enfuit … (vendredi 20 juin 1986)

Le Figaro (Michel Nuridsany)

Michel Chaillou : faisons un rêve

« J’écris amour porcelaine. J’ambitionne d’être le troisième terme qui les unit affectueux, cassables », indique Michel Chaillou. Et c’est en effet ainsi que fonctionne et se développe ce livre qui ressemble à une pâte de porcelaine – la porcelaine naissant de la porcelaine, comme l’amour naît de l’amour, l’art de l’art – roman brillant, hanté par l’idée que le verbe contient la matière du monde. La bibliothèque n’est pas ici ce qu’elle put être chez Borgès : elle est dépôt. C’est le bottin de l’imaginaire. Reste au créateur à pétrir la pâte : alors le verbe se fait chair. (29 août 1986)

Libération (Jean-Didier Wagneur)

Michel Chaillou : Saxe machine

La « rêvasserie » du narrateur (il tient à ce mot gras comme l’argile) alimente un récit plein de digressions picaresques où reviennent en blocs d’amour la Nationale, les amitiés, le quotidien anachronique d’une famille, sur fond de rose « Pompadour ». « Machine à étaler » plutôt qu’à remonter le temps, Le Rêve de Saxe met bout à bout, mot à mot, phrase à phrase, le passé, le présent, l’Histoire et le fantasme. […] A réserver aux « amateurs » au sens fort du mot, et à interdire aux « éléphants », Le Rêve de Saxe est le contrepoison idéal aux cauchemars historiques dans lesquels la littérature est trop souvent bordée. (lundi 5 mai 1986)

L’Humanité (Claude Prévost)

Fictions joueuses

Le brocanteur Chaillou est capable, quand il le veut, de brosser de grandes scènes […] Mais son goût du rafistolage lui évite l’emphase […] Cela donne un récit sautillant, d’un charme extrême, celui du discontinu, de l’inattendu. (28 mai 1986)

La Quinzaine littéraire (François Aubral)

Plein de jus

Michel Chaillou ne badine pas avec les archives, ses « bottins de l’imaginaire »: il les enchante et les fait craquer jusqu’à ce qu’elles cèdent aux charmes de son écriture dont la nature est romanesque et la puissance poétique. […] Ce qui brille dans ce roman, c’est l’art et la manière des digressions, dans le temps, les changements de décors, de registres, de ton : il conviendra un jour d’étudier ces passerelles toutes en finesse. […] Un livre qui fait lumière dans la grisaille littéraire actuelle. Un livre impossible à chroniquer parce qu’aucune de ses pages ne permet de déduire la suivante. ( 1er au 15 juin 1986)

Télérama (Michèle Gazier)

Évocation d’un siècle des Lumières où la pénombre surtout était propice à la complicité des corps, à la ferveur des rencontres, à la performance amoureuse, au duo sur canapé. Michel Chaillou traque les amoureux du XVIIIe siècle dans la très sérieuse Bibliothèque Nationale. Voyageur du temps jadis, il guette l’amourette et la bagatelle et flirte avec la langue française. Il la caresse, la butine, la flatte et l’apprivoise avec le talent d’un écrivain accompli. Un vrai festin gourmand, une fête galante. (16 juillet 1986)

L’Express (Jean-Baptiste Michel)

M. le Maréchal rêvait de porcelaine

Sortir de soi pour entrer dans la peau d’un homme du XVIIIe siècle, s’approprier sa « vision », son goût, son toucher, son odorat, voilà le pari le plus fou et pourtant le plus logique que puisse faire un historien, surtout s’il se double, ici, d’un romancier-poète. Cette promenade est une quête. Le désordre des pensées, comme le bric-à-brac des antiquaires, révèle sa poésie, sa poétique. […] Toute l’Histoire tremble ainsi au bout de quelques sensations, et ce « work in progress » réinvente le roman historique. (6 au 12 juin 1986)

L’Evénement du Jeudi (Alain Duault)

Les dames du temps jadis
Sexe, Saxe, sperme et syntaxe Michel Chaillou s’amuse follement dans les combines du siècle de Louis XV

Ce n’est pas vraiment un roman historique, mais c’est un roman avec l’Histoire, un roman où l’Histoire sert de perfusion au récit, où le présent dérape sans cesse sur le XVIIIe siècle – l’époque Louis XV comme on dit du mobilier. Où l’écriture et l’imaginaire se nourrissent de ces années poudrées jusqu’à faire apparaître le présent comme un trompe-l’oeil, un trompe l’esprit, un trompe la mémoire. Car pour Michel Chaillou ce passé semble bien plus son vrai présent que cette époque, la nôtre, sur laquelle il ricoche pour revenir à ses amours. (10 juillet 1986)

Le Point (François Nourissier)

Michel Chaillou est un écrivain rare, sourcilleux, volontiers provocateur (jusqu’à infliger quelques inutiles tortures à une langue très classique) que retrouveront ou découvriront avec un plaisir un peu pervers les vrais amateurs de mots, les fous de rythme et de phrases, ceux qu’une prose fruitée, bousculée, hérissée, plonge dans ce plaisir secret, peut-être incommunicable, auquel je veux ici faire référence. (2 juin 1985)

La Tribune de Genève (François Tranchant)

Le Rêve de Saxe est un merveilleux livre à tiroirs, bottin de l’amour au 18e, un agenda rempli de rendez-vous avec un autre siècle : le bain froid de la Dubarry, l’empoisonnement de l’infidèle Lecouvreur, les orgies de la Guimard, Mme de Mailly, les plus belles jambes de la cour, les vingt-quatre pensionnaires du Parc au Cerf, sérail du roi. Les petits riens de la cour : le roi fabrique des tabatières, se déguise en if au bal masqué, écrase les orteils du sieur Darboulin, le dauphin, six ans, retire le fauteuil sous le postérieur de sa mère et la fait tomber … (5 juin 1986)

Elle a choisi

La promenade au royaume de Saxe et des belles créatures en biscuit, alanguies et consentantes, ne risque de choquer que ceux qui voient le mal là où il n’est pas et n’admettent pas que le temps, l’Histoire, absolvent bien des fautes, à condition que triomphe l’amour. ( 16 juin 1986)

VSD (Jean-Pierre Enard)

Le style de Chaillou est d’une habileté époustouflante. On s’en délecte. Le Rêve de Saxe est un livre qui rend heureux : voilà qui devrait lui assurer des lecteurs en foule ! (7 au 15 mai 1986)

Marie-Claire (Claire Méheust)

Au temps du Bien-Aimé qui aima lui-même beaucoup, on disposait de 1300 mots pour désigner l’amour. 550 pour le sexe masculin. 600 pour le féminin. Une richesse que redécouvre avec délices Michel Chaillou. […] De bien jolies pages débraguettées pour un aimable divertissement où l’humour fait assaut d’érudition. (juin 1986)

Le Nouvel Observateur

A lire ou relire pour la plage

Du sexe, quelques raves, toute brocante jardinière et amoureuse qui faisait le charme lent de « Domestique chez Montaigne » et du « Sentiment géographique ». Michel Chaillou écrit comme on taille les sabots dans le Rouergue : au racloir et à la caresse. Les fantasmes réduits en copeaux, reste la poésie. Superbe. (4 au 10 juillet 1986)

 

 

La vindicte du sourd

Un roman d'aventures pour la jeunesse, dans une presqu'île battue par les vents.

Prix Korrigan

roman pour la jeunesse Gallimard 1984

Le Matin (Francis Dumont)

L’écrivain Michel Chaillou dont le « Domestique chez Montaigne » avait été salué récemment par la critique s’est prêté à un exercice plus difficile qu’il n’y paraît : écrire un roman d’aventures dans la veine de l’Ile au trésor …

Il y a donc bien un trésor, une grotte, une goélette et des pirates, il y a donc bien une énigme, dont on ne dévoilera pas le fin mot, qui, d’ailleurs, ne nous appartiendra jamais. Car l’énigme résolue, il restera des secrets – celui d’un père sur qui le soupçon se sera porté, et sans doute à raison, celui d’un village qui l’aura partagé dans un mutisme et une surdité volontaires, celui d’un petit garçon qui aura perdu dans l’histoire l’innocence qu’il se prêtait. ( 12 juin 1984)

… A rapprocher de ce texte, donné au Monde de l’Education (décembre 1976)

[Il m’était demandé de parler du livre qui avait marqué mon enfance]

Mon enfance fut amarrée de longues années à l’Ile au trésor, de Robert-Louis Stevenson. Depuis toujours je suis un client de

Domestique chez Montaigne

Un gardien du château dans la célèbre tour.Le lecteur est invité à chausser des bottes de quatre siècles.

roman, Gallimard 1983, coll. L'imaginaire 2010
Après la réédition dans la collection « l’imaginaire » en 2010

Le Matricule des Anges (Thierry Cecille)

C’est un labyrinthe qu’il nous faut ici explorer, apprivoiser – et sans autre fil d’Ariane que la curiosité, rapidement mise en appétit, et le plaisir du texte. (n°216, Septembre 2010) Lire l’article

Le Monde des livres (Clara Georges)

Enquêtes existentielles

Dans Domestique chez Montaigne, la trame n’est qu’une série de détours. Passé les premières pages, si elliptiques que la lecture en est malaisée, on retrouve les mots charnus, les phrases chaloupées et enivrantes de Chaillou. C’est un livre dense – déconseillé, par exemple, dans les transports en commun. Il faut s’y laisser griser par les mots qui, parfois, parachutent le lecteur contre la chaleur d’un poêle dans une cuisine ou au fond d’un verger. La parole de Michel Chaillou, dit-il lui-même, est « un pays étrange ». Où des couches successives, de pensées, de gens, de lieux sont explorées. « On ignore trop que les choses s’épouillent, que des chaises, un fauteuil, la cavalcade d’un banc produisent des raclures, débris ligneux, coton, germes. Le château enfanterait presque son double crénelé à disperser au plumeau. » Ainsi, à la manière du château de Montaigne, nous voici tout dépoussiérés. (Le Monde des livres, 26 juin 2010)

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(où il est aussi question du Crime du beau temps)

Après la première édition dans la collection Le Chemin en 1983

Le Monde (Bertrand Poirot-Delpech)

L’effet de vie grouillante de son livre procède aussi de la langue même : un dialecte qu’on dirait venu, à travers champs, du vieux françois. Les métaphores sensuelles et rustiques s’y bousculent, brèves, musclées, musquées. Des verbes puissants confèrent aux choses une vivacité animiste […] On voudrait pouvoir écrire : c’est du Chaillou, comme on dit d’un patois, d’un cru fort en tanin. Appellation contrôlée et incontrôlable, qui a vite fait de monter à la tête. On se promet de n’en boire qu’un verre, comme ça, en claquant de la langue; et pfuitt, la bouteille y passe ! (vendredi 11 février 1983)

Encyclopaedia Universalis (Gilles Quinsat)

« Domestique chez Montaigne »/ Michel Chaillou

Depuis son premier roman, Jonathamour, dans lequel l’intrigue amoureuse avait pour contrepoint et pour obstacle la rêverie tout intérieure poursuivie par le narrateur à travers récits de voyage et de piraterie, Michel Chaillou n’a cessé d’écrire des livres dans lesquels prime la recherche d’un moment de grâce: celui où réel et imaginaire ne s’ignoreraient plus mais, se tournant l’un vers l’autre, finiraient par se compénétrer. Projet déjà inscrit en toutes lettres dans Jonathamour : « Entre les mots, les choses, un lieu où se réunissent les histoires. Peut-être une pièce, un château, une serre, un endroit bourré. Je ne sais pas. »[…] Cette ébriété langagière inspirée par un lieu (c’est au contact du lieu que toutes choses commencent vraiment à parler), nous la retrouvons dans Domestique chez Montaigne (Gallimard). Nous touvons aussi, amplifiées et orchestrées aux dimensions d’un roman, les accointances qui peuvent lier un nom et un lieu. Marcel Proust ici n’est pas loin. Car « faire la visite du château », c’est aussi bien « visiter un nom », s’immerger en lui, le sillonner en tous sens, en explorer la géographie jusqu’à épuisement de ses possibilités narratives. Ainsi, Montaigne, présent sur la couverture du livre, en représente-t-il l’indispensable sésame. Au lecteur, il signale d’emblée un réseau complexe de chemins et de traverses qui le conduiront non seulement vers l’oeuvre et vers la vie de l’écrivain – indissociables -, mais aussi vers le village attenant au château, qui porte le même nom. Dès lors un glissement constant entre le passé et le présent, entre ce qui est vu et ce qui est lu, le présent de l’errance et le passé obstinément rameuté, est rendu possible. Et se tressent un à un les fils d’une écriture qui est moins rêverie que mémoire en acte, impossible à déchiffrer à l’aide de telle ou telle clé qui la rendrait intégralement lisible. Au contraire, la mémoire dont semble imprégnée la langue de Michel Chaillou, ne se tient jamais dans la distance du souvenir. Elle préfère parler au présent et s’incarner dans les êtres innombrables ou dans les objets de rencontre qui lui donneront brièvement vie. ….

Times Literary Supplement (Terence Cave)

Complexities of the moi

(recension couplée avec celle du Montaigne en mouvement de Jean Starobinski)

Time, then, is one of the main themes of the novel. Through devices such as oscillations of tense, parataxis, bewildering justapositions and unexplained associations, Chaillou recreates in his own terms a Montaignian preoccupation with le passage and the discontinuity it inflicts on individuals and their perception of the world. One consequence of his method is the almost total absence of narrative sequence. The « story » of the characters, from Montaigne downwards, is fragmented and dispersed; in a few cases, elements of narrative belonging to a given character can be picked out and put together (this isn’t a nouveau roman), but the novel invites the reader, by its very structure, to resist the temptation and commit himself to the passage. The other main consequence, also Montaignian (although perhaps nourished by phenomenology), is the priority given to sense-experience : the novel begins with a series of graphic, uncompromosingly physical notations (Alex getting up in the morning) […] Chaillou seems indeed to suggest tha the mos appropriate response to the Essais is to move aout of the realm of intellectual refexion, even out aof language itself, into the realm of immediate sensation and action. In this, his novel concurs with Starobinski’s notion of a « repli sur le présent – dans la vie du corps, dans l’ivresse ou l’extase ». Both writers display in their very different ways a nostalgia for presence, which is no doubt one of the reasons why they write about, or around, Montaigne. But Chaillou and Starobinski, no less than Montaigne, love the detours of language. Their celebration of « présence au monde » is also inescapably a celebration of literature as a special variety of experience. … (TLS, 3 juin 1983)

Esprit (André Marissel)

Le style inventé, imposé par Michel Chaillou, restitue bruits, couleurs, odeurs, et donne à voir, touches après touches, des personnages – artisans, jardiniers dont les humbles travaux n’ont rien de commun avec les péripéties de vie intellectuelle pimentées d’érotisme. Pour Chaillou les formes d’activité et de pensée, de patiente et cocasse érudition, ne sont pas davantage autrefois que maintenant séparées du peuple.

The French Review (Roland H.Simon)

Le roman français contemporain doit à présent compter Michel  Chaillou parmi les tout premiers à nous sortir merveilleusement de la torpeur théoricienne des dix dernières années sans faire aucune concession aux académismes et aux formules toutes faites dont certains nostalgiques appellent le retour de tous leurs vœux. (The French Review , vol.58, n°3, feb.1985, p.492-493)

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The French Review ((Dudley M. Marchi)

Montaigne among the Postmoderns : Chaillou and Sollers reading the Essais

Etude en anglais  dans la revue de l’Association américaine des professeurs de français, (The French Review, vol. 68, n° 4, mars 1995, pp. 581-593.)

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A l’école de la presse (Marie Etienne)

Domestique chez Montaigne est un des grands livres de notre époque, comparable à La Route des Flandres de Claude Simon, est très complexe : un homme séjourne dans le pays de Montaigne et établit un parallèle entre sa vie auprès du gardin du musée de Montaigne et celle de l’écrivain entouré de ses domestiques. (n° 15, septembre 1995)

 

La lecture de Richard Millet (dans Accompagnement)

Les premières lignes :

S’il y a, dans le roman de Michel Chaillou, quelque chose de proprement inouï et d’emblée admirable, c’est bien la langue qui s’y déploie : sa modernité pourrait en remontrer à ceux qui, par ignorance ou démagogie, professent le français langue pauvre, langue morte. Non que ce livre tire sa singularité du seul mouvement d’une écriture en quête d’elle-même. Avec une force neuve puisée à l’arrière-pays gascon, la prose de Chaillou donne à voir, à entendre, à humer et à hanter (siècles, lieux, personnages), jusqu’à ce que nous soyons, à notre tour, pris en langue et hantés par ce que nous aurons, avec le texte, sollicité …(Richard Millet, Accompagnement – Lectures, P.O.L. 1991, pp.142-145)

La lecture de Renaud Camus (dans Demeures de l’Esprit)

[…] Elles sont beaucoup, ces errances, ces courses de la matière du magnifique livre de Michel Chaillou, Domestique chez Montaigne, dont le titre trop modeste révèle insuffisamment qu’il s’agit en fait d’un autre Sentiment géographique, ce chef-d’oeuvre forézien du même auteur. Domestique chez Montaigne est au pays de Montaigne et à la Lidoire ce que Le Sentiment géographique est aux terres d’Honoré d’Urfé et au Lignon : certainement la plus riche évocation , et la plus françaisement orchestrée, de ce que peut être aujourd’hui une visite littéraire et aimante à la tour de Montaigne et à ses parages résonnants – mais pas une de ces visites d’une heure et l’on rentre chez soi, une visite comme il faudrait qu’elles le fussent toutes, une visite qui serait un véritable séjour et suivrait les chemins, se pencherait sur tous les cours d’eau, entrerait dans tous les hameaux, essaierait toutes les vues, garderait longtemps en bouche tous les noms comme autant de gorgées de ce vin du domaine qui se vend à la billetterie. (Renaud Camus, Demeures de l’Esprit, France I Sud-Ouest, Fayard 2008, chap. 3, p.45)

Le Sentiment géographique

Une rêverie autour de l'Astrée d'Honoré d'Urfé.

Gallimard 1976, collection l'Imaginaire 1989

Le Monde (Jean Ristat)

Dans le lit d’Honoré d’Urfé

Rêveuse géographie.Or voici que paraît un ouvrage dont le propos, à y regarder de loin, serait un commentaire de l’Astrée. L’Astrée, d’Honoré d’Urfé est le premier grand roman français depuis le Moyen Age. Ouvrage de cinq mille pages, publié de 1607 à 1627, en partie apocryphe. Le succès du livre fut considérable jusqu’en pleine Révolution. Jean-Jacques Rousseau enfant lisait L’Astrée, « tragi-comédie pastorale » comme disent les professeurs, roman pour jeunes filles vertueuses (pour ceux qui ne l’ont pas lu). Et pourtant, comme le fait remarquer Gérard Genette, quel éloge du plaisir dans cette histoire de bergers, bergères et nymphes où Céladon, déguisé en fille, vit « à peu près continuellement enfermé dans une chambre avec deux ou trois jeunes filles toujours dévêtues ». Ce n’est point sur ces moments que Michel Chaillou, dans un très curieux récit, Le Sentiment géographique, nous invite à rêver : « Dormons ensemble, les moutons s’écoulèrent … » Ouvrons avec lui L’Astrée : « Auprès de l’ancienne ville de Lyon, du côté du soleil couchant, il y a un pays nommé Forez, qui en sa petitesse contient ce qui est de plus rare au reste des Gaules. » Nous voici, dès les premières lignes, transportés dans un lieu d’utopie où chacun voudrait bien être berger pour vivre selon son cœur. Mais le Forez de Michel Chaillou n’est pas seulement, comme celui d’Honoré d’Urfé, une retraite édénique au milieu d’un monde en guerre. Sa pastorale est « ce fouillis verbal où l’herbe s’exprime par des sons étouffés ». Ses moutons sont les mots qu’il conduit, phrase après phrase, page après page, selon un mouvement admirable de la langue jusqu’au réveil: « Les mots s’alourdissent de mottes, la phrase devient chemin, son sens une direction dans l’herbe anciennement foulée d’un couchant…  »

[…] Il faut lire ce petit livre, le garder comme une perle rare et précieuse : quelque chose s’y annonce avec force, par quoi se reconnaîtront les bergers de demain, ceux qui engrangent les songes. (26 mars 1976)

Le canard enchaîné (Yvan Audouard)

Dans son exquis petit manuel de sieste à l’usage des amateurs de belles-lettres, Michel Chaillou s’amuse à compter les moutons qui paissent sur les bords du Lignon dans l’Astrée d’Honoré d’Urfé. C’est un livre qui s’efface de lui-même au fur et à mesure qu’il « s’étire » dans les plaines indolentes du Forez. Le but recherché (recherché dans les mots assourdis, perdus dans le brouhaha des phrases) est somptueusement atteint. Le livre est merveilleusement soporifique. Il n’y a aucune ironie dans mon propos, cette promenade immobile, qui va paisiblement de n’importe où à nulle part, ce discours « résonnant des ultimes sonnailles du discours en marche », empruntant sans arrêt les « ponts des récits suspendus », cette absence de tout mouvement vrai, de tout intérêt dramatique, font lever irrésistiblement en vous « l’astre unique du sommeil profond éclairant la réalité du songe ». Avant de fermer les yeux pour mieux voir le paysage permettez-moi de vous rappeler le titre de cette friandise délicieuse qui fait de vous un drogué léger : Le Sentiment géographique (NRF, collection Le Chemin).(25 février 1976)

Critique (Michel Deguy)

La sortie en dedans

Le passage au livre, la mobilisation et transformation du temps en temps de lecture (comparable lui-même au temps d’écriture ? c’est à voir) est à figurer : comparons cela à l’entrée dans un labyrinthe, dedans du dehors et dehors du dedans. Comparons cela, à cause de l’aspect matériel des phrases alignées, empilées, à un circuit-machine aux minutieuses tubulures de refroidissement (réchauffement ?) et de compression (décompression). Entrée, donc, dans un étrange appareil; et un récit peut métaphoriser le cours des péripéties de la lecture, transposer la circulation dans le livre, comparée à un engourdissement, à un endormissement sous le charme; et ce serait le récit de la lecture d’un livre qui serait lui-même l’allégorie (la métaphore) de la lecture (et de l’écriture ?) : en l’occurence de la pastorale d’Honoré d’Urfé si le berger, fondamentalement oisif, étant un qui ne fait rien, veille un moutonnement pareil à une phrase … Lire comme on s’endort ? Non pas en effet par un décrochement brutal comme dans l’évanouissement ou la mort, mais par initiation, entrée inchoative, dans une autre dimension, un espace autre dans celui-ci, où vit, j’allais dire « par ailleurs », le lecteur-homme de chair et d’os. Cette entrée est aussi bien une sortie de son dedans dans le repliement de son dehors; et dans l’espace livresque c’est bien son corps qui s’introduit : par les yeux: il y est immobile, et il y cesse de voir, c’est le bâton de lignes qui le guide dans un lieu aveuglé, sans choses; le livre est son Antigone, dans cet espace où le dehors s’est refermé, s’ouvrant à sa mise en absence […] (juin-juillet 1976)

Argos, CRDP académie de Créteil (Marie Etienne)

Un faux voyageur

« Le Sentiment géographique reprend et développe cette notion de territoire chez un écrivain tel que lui. Il y raconte l’histoire des bergers de l’Astrée dans le paysage du Forez, point central de la France en même temps que lieu géographique et symbolique de l’altérité. Le texte contient dans son corps même toutes les notes, références, citations, digressions qui se trouvent la plupart du temps en fin de page, de chapitre ou de livre. « Ayant choisi la prose de l’âge classique et le centre de la France, cet errant du langage qu’est Michel Chaillou nous rappelle qu’il est un faux voyageur, il nous trace les limites d’un territoire comme celui d’Henri Michaux qui est illusoire, tentative mentale de saisir un espace donné, un style, un asile champêtre, un réconfort presque intime », écrit Paul Louis Rossi dans un livre à paraître. » (n°15, septembre 1995)

Esprit (Nicole Casanova)

Ce livre absolument original veut être « une pastorale », c’est-à-dire une façon d’habiter les régions désertes de l’esprit et du temps, l’abord du sommeil, par exemple, ou l’Histoire revécue dans ses moments dont nous ne savons rien. (n° 10, octobre 1976)

Réforme (André Marissel)

D’aucuns verront dans ce livre, à cause des références nombreuses et des citations, un ouvrage savant, une fantaisie d’érudit; au vrai, Michel Chaillou a réinventé les pastorales, en grand rêveur qui souhaite aussi bien l’enracinement que l’évasion, en amoureux des mots qui s’exalte et approfondit ses relations avec le langage et ses possibilités encore inexplorées. Rien de plus inattendu et personnel que le vaste poème de Michel Chaillou ! (27 mars 1976)

Les Nouvelles littéraires (Claude Bonnefoy)

Cette lecture-parcours rompt avec les usages : elle ne se refère pas à l’histoire littéraire, mais seulement, et comme dans les marges d’un discours enchanté, à des livres qui entretiennent avec L »Astrée un rapport géographique (études sur la géologie, le climat, l’habitat, la langue du Forez), thématique (traités d’agriculture, d’élevage) ou souterrain (essais sur le sommeil et le rêve). Lecture inadmissible au regard des règles de la critique. Lecture profonde, féconde, cependant : bercé par le courant des phrases d’Honoré d’Urfé, rêveusement plongé dans le cours du Lignon, Chaillou à son tour habite, invente l’espace forézien. (19 février 1976)

On peut lire des détails sur la genèse de mon livre dans le dossier Astrée de Présence de la littérature.

Lire l’article

Le Monde (Bertrand Poirot-Delpech)

(rendant compte du colloque sur le Baroque)

Pourquoi ne pas qualifier de « baroque » un écrivain de la pastorale rêveuse tel que Michel Chaillou — Le Sentiment géographique (Gallimard) — tout à sa hantise nocturne de retrouver pêle-mêle, à force de digressions et de demi-sommeils, l’esprit secret du Forez d’Urfé et les figues enfouies ou enfuies du passe, de l’espèce ? » (30 juillet 1976)

Une critique en terre d’Astrée

 

Le  Pays  Roannais

Michel Chaillou, berger des mots

Ainsi Michel Chaillou a-t-il écrit une pastorale 76, mi-roman mi-poésie, un itinéraire de transhumance du rêve vers le réel. Une œuvre de moraliste et de poète qui se défend de l’être.

(11 juin 1976)

 

 

Revue d’histoire littéraire de la France

L’Astrée d’Honoré d’Urfé : fortune et vicissitudes d’un best-seller au XVIIe siècle
Jean-Marc Châtelain et Delphine Denis

… C’est à un rare éloge de la lenteur qu’invite le livre de Chaillou. Avoir su trouver dans cette pastorale romanesque le sublime de l’ineffable est le plus bel hommage qu’on pouvait rendre à l’oeuvre d’Honoré d’Urfé : une invitation au voyage.(décembre 2017, n°4, p.795-796)


radio

Reçu par Jacques Paugham dans l’émission « Ainsi va le monde » France Culture 8 juin 1976 (rencontre citée dans l’article  du Pays Roannais )

Collège Vaserman

Un faux théâtre, une vraie pédagogie de l'absurde, en prose et en vers.

récit, Gallimard 1970

Le Monde (Jacques-Pierre Amette)

A la façon du free-jazz

[…] Le roman s’écrit et se dialogue à la seule fantaisie des dissonances, des rythmes interrompus. Une cascade de cocasseries, de rapprochements surréalistes, de dévergondages syntaxiques, fait passer un haut voltage dans cette prose et suit un mode de création assez semblable à celui du free-jazz. Le texte, au gré des caprices verbaux, « descend la page à bicyclette », pour reprendre une expression de l’auteur. Le style saute, déraille, dérape du langage noble à la trivialité cinglante, glisse de la précaution oratoire à la critique interne du texte, à sa mise en abîme. Cette vaste mise en pièces des personnages et cette dérision de l’écriture qui se pastiche entraîne le lecteur vers quelque chose d’étourdissant : volte-face de miroirs et de trompe-l’esprit. (23 avril 1971)

L’Express (Etienne Lalou)

Le professeur qui fait l’enfant

[…] Donc Michel Chaillou n’est pas un enfant, il fait l’enfant. Il emploie toute son intelligence, toute sa sensibilité et toute son érudition à battre en brèche le système rationnel et logique, à passer du coq à l’âne, à effacer les repères. Il pourrait poursuivre cette entreprise subversive avec le pédantisme borné qui caractérise un certain nombre de contemporains. Il a préféré l’humour et la gratuité. (21 juin 1970)

La Quinzaine littéraire (Claude Bonnefoy)

[…] Collège Vaserman se donne pour un spectacle, d’entrée de jeu nous sommes prévenus. Tout se déroule ici dans le monde raffiné de l’illusion. Tout est à lire en miroir, à projeter, à contempler sur un plateau imaginaire : « Le décor est un théâtre, les œuvres présentées le sont pour la première fois et de manière définitive. (16-30 septembre 1970)

Combat (Alain Bosquet)

[…] Le premier livre de Michel Chaillou, Jonathamour, avait surpris par sa fraîcheur et sa désinvolture un peu terroriste, Collège Vaserman est tout aussi impertinent, drôle, caracolant, plein de trouvailles. On ne raconte pas un roman picaresque abstrait. Ce qui attache le plus, c’est le mélange des genres : récit en fragments sentencieux et burlesques, vers à rimes riches qui ressortissent à Queneau et à Audiberti, avec des clins d’œil du côté de Raoul Ponchon, dialogues de sourds, coups de théâtre, apostrophes en tous genres, on dirait un Réjean Ducharme français, ou un un Yak Rivais plus malin. Roman éclaté en sonnets disjoints ? Michel Chaillou a de la verve et de l’allégresse. Il pourrait avoir plus d’ambition. (6 août 1970)

La Bretagne à Paris (interview par Michel Joseph)

Un pirate sur les bancs du collège(10 juillet 1970)
Michel Chaillou